Abreschviller sciages, c'est fini

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Fordaq
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Ainsi s'achève, après celle de la scierie Schenesse, l'histoire d'une scierie qui fut la plus importante du département de la Moselle et l'une des plus importantes scieries de résineux en France. D'une certain manière, c'est une conséquence tardive de la tempête Lothar de décembre 1999.

Créé en 1966 par la fusion de scieries plus petites, Scieries Réunies d'Abreschviller (SRA) s'était hissé au troisième rang national en termes de capacités de sciages de résineux (220 000 m3). La tempête Lothar dévaste la Moselle fin 1999, engendrant d'abord un surplus de sciages, puis une décrue sensible à partir de 2005. En 2006, la scierie passe sous contrôle allemand, à l'initiative de l'expert et entrepreneur forestier Bernward Silberg épaulé par des investisseurs d'Outre-Rhin. A l'époque, la scierie emploie encore 120 personnes. L'aventure se termine mal, puisque SRA est placé en redressement judiciaire le 16 octobre 2008, première victime de la crise financière. Mais la crise n'a finalement été que le facteur déclenchant ultime. SRA a bien tenté de développer une offre de solutions de construction à ossature bois prêtes à monter. Mais comme le détaille une étude commandée par l'interprofession Gipeflor (Analyse des perspectives d'évolution des scieries résineuses de Lorraine), dont le rapport final paraît en septembre 2008, ces scieries souffrent de deux lourds handicaps. Il y a d'une part le prix d'achat élevé des grumes, en comparaison des prix pratiqués à l'époque de l'autre côté de la frontière. L'étude cite la scierie René Weber qui se fournit en Allemagne et avance les tarifs suivants, proposés par les Offices régionaux des forêts allemandes :
-Bade Wurtemberg et Palatinat : 70 à 75 € bord de route triés non écorcé, classe 4/5 -Nord de l'Allemagne, Bavière : 45 à 50 € idem mais légèrement scolités. En Lorraine, il faut compter "85 à 90 € à qualité et mise à disposition égale, moins bien triés". Bref, certaines scieries mosellanes préfèrent faire du commerce de sciages allemands plutôt que de continuer à produire, d'autant qu'elles butent sur un second problème, l'émergence d'une offre de bois aboutés ou reconstitués (BMA/BMR), sans parler des bois séchés allemands. Selon Gipeflor, mettre à niveau une scierie moyenne en termes de sciage et séchage coûterait entre 5 et 10 millions d'euros. Le passage au BMA/BMR impliquerait par contre des investissements de plus de 20 millions d'euros. Et Gipeflor de conseiller une nouvelle vague de regroupement de scieries, qui n'a pas eu le temps de se concrétiser.

En janvier 2009, un groupe de cadres de l’entreprise, menés par son directeur général Michel Druilhe, propose un plan de reprise et réussit à préserver l’activité. « Nous avions sous-estimé le problème de détérioration de la relation avec la clientèle liée à une grave dégradation des prestations fournies par SRA sur les six derniers mois de son activité. Ajouté à cela, le contexte de crise économique globale a rendu encore plus difficile la reconquête du fond de commerce », expliquera Michel Druilhe, devenu président d’Abreschviller sciages, un peu plus de deux ans plus tard.

Le dernier repreneur potentiel s'est désisté à la mi-juillet de cette année et Abreschviller Sciages, en redressement depuis février avec le bénéfice d'une continuation de l'activité durant six mois, s'est efforcé d'honorer les dernières commandes avant de remettre les installations au commissaire priseur.
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