Maladie du frêne : la France aussi

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Fordaq/JT
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Apparue autour de la mer Baltique vers 2005, la maladie du frêne progresse depuis à une vitesse fulgurante, de l’ordre de 300 km par an, et laisse craindre que cette essence soit décimée. La maladie a été repérée dans la Haute-Saône dès le premier trimestre de cette année, mais son identification a pris du temps, peut-être aussi par manque de concertation au niveau européen. Désormais, les frênes de la Haute-Saône ont été placés en quarantaine afin d’éviter une propagation des spores au-delà des frontières du département. Les sciages devront être réalisés sur place. Toutefois, ces mesures ne semblent guère en mesure de juguler la progression de la maladie, qui a d’ores et déjà franchi les frontières des départements limitrophes (Territoire de Belfort, Doubs, Vosges, Haut-Rhin).

Le spectre de l'orme

Parmi la multitude des champignons qui se développent sur notre terre, il existe une famille particulièrement pathogène pour les arbres, à laquelle appartenait l’agent qui a frappé les ormes au cours des dernières décennies: Ophiostoma novo-ulmi, responsable de la graphiose de l'orme . Ce parasite bloquaient les canaux par où l’eau et les sels minéraux sont transportés vers les ramures, jusqu’à ce que mort s’ensuive. Dans le cas de l’orme, scolythe (Scolytus scolytus) a joué un rôle de vecteur de contagion pour une progression de l’ordre de quelques kilomètres par an.

Chalara fraxinea

En ce qui concerne le frêne, le processus de la maladie présente des similitudes. Selon Benoît Marçais de l'INRA de Nancy, Chalara fraxinea serait proche taxonomiquement des Ophiostoma auquel appartient Ophiostoma novo-ulmi. A ce jour, le chercheur polonais Tadeusz Kowalski n’est parvenu à identifier que la forme asexuée du champignon baptisée Chalara fraxinea. On ne sait pas quels sont les modes de dissémination. Le Scolyte ne joue apparemment pas cette fois un rôle dans la propagation d’une maladie qui progresse à une vitesse spectaculaire.

Mobilisation européenne

Après les chênes, le hêtre et le charme, le châtaignier, le frêne constitue la cinquième essence du territoire national avec un volume sur pied évalué à quelque 82 millions de m3. En Haute-Saône, on trouve essentiellement le frêne commun, apprécié pour stabiliser les berges de la Saône et affluents de concert avec l’aulne et le chêne pédonculé. C’est dans ce département que Paul Grandjean, Correspondant du Département Santé Forêt (DSF) de l’ONF, a constaté les premiers ravages sur le jeunes tiges et semis de frêne, tandis que la CEE avait déjà lancé un message d’alerte sur le sujet en 2007. En mars dernier, Paul Grandjean contacte le laboratoire de la Laboratoire National de Protection des Végétaux, relais systématique pour analyser les phénomènes pathologiques qui affectent la flore française. Ce sont eux qui indentifient l'agent pathogène pour le première fois en Haute-Saône, et ils mettent au point des outils moléculaires de détection fiables et performants qui vont permettre une détection rapide de la progression de la maladie. De leur côté, les Suédois de l'Univeristé d'Uppsala, préoccupés par la sévérité de l'épidémie qui se développent dans leur pays, ont attiré l’attention sur les travaux du chercheur polonais qui a identifié la maladie. Finalement, depuis le 1er septembre, deux chercheurs de l’INRA de Nancy ont pris le relais pour apporter des connaissances sur le mode de dissémination du Chalara Fraxinea.

Une rentabilité menacée

"Pour l’heure, les frênes adultes français ne sont pas encore atteints", déclare Paul Granjean, "si ce n’est qu’on a remarqué dans certains cas une baisse sensible de leur foliation cet été". Cependant, Benoît Marçais précise que "les contacts avec les collègues européens confrontés avec cette maladie depuis plusieurs années indiquent que l'on observe à forte fréquence des mortalités d'arbres adultes". Toujours selon Paul Grandjean, il faudra attendre encore un an pour savoir si l’on a les premiers signes de dépérissements forts et les premières mortalités sur frêne adultes.
Benoît Marçais estime que personne n'envisage aujourd'hui la disparition du frêne : "Ce qui est en cause c'est la possibilité de l'utiliser en foresterie. Il est probable que les plantations de frênes ne sont plus pertinentes en France car la maladie devrait au mieux compromettre leur rentabilité".
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