La forêt méditerranéenne sans pompier

Source:
Fordaq JT
Visites:
1616
  • text size

Fransylva a organisé à Paris une conférence de presse qui fait suite à une enquête autour de la forêt méditerranéenne, et qui offre surtout une tribune à des acteurs passionnés autour d'un sujet passionnant. La spécificité de cette forêt a été relevée dans la loi de transition énergétique mais visiblement, malgré des efforts soutenus et très anciens de l'association forêt méditerranéenne présidée par Jean Bonnier, on ne voit pas se dessiner une cohérence politique interprofessionnelle autour de cet enjeu. Tout au plus, on retrouve sur ce sujet l'aberration dominante de l'opinion publique citadine quant à l'assimilation de gestion forestière et de déforestation. Pour ce qui est de la part de la forêt privée, on est dans la moyenne nationale avec environ 70%.

Stress hydrique

L'association Forêts Méditerranéennes, dont Jean Bonnier fut le co-fondateur et dont il est l'actuel président d'honneur, a été créée en 1978, organise annuellement des rencontres, publie deux revues et représente la forêt méditerranéenne française à l'international. Selon Jean Bonnier, il s'agit d'une zone homogène qui s'étend en gros entre Valence au nord, Perpignan à l'ouest, Bonifaccio au sud et Menton à l'est. Les forêts de cette zone se distingue par leur exposition estivale au stress hydrique, qui impacte leur croissance. Les forêts méditerranéennes peinent à devenir productives et quand elles le sont, le rendement est sans commune mesure avec les forêts situées plus au nord. Les essences sont le chêne pubescent, le chêne vert, le pin d'Alep et Laricio, le chêne liège. La biodiversité particulière de la forêt française, avec 130 essences, beaucoup plus que chez nos voisins, tient beaucoup à la zone méditerranéenne qui compte à elle seule pour quelque 100 essences. On trouve du cèdre, du pin noir d'Autriche replanté dans les Alpes du Sud au 19e siècle, l'arbousier, le châtaignier, l'olivier... L'essence sylvicole la plus intéressante est le pin, sachant que le pin d'Alep (200 000 ha environ en zone méditerranéenne française, favorisé par l'incendie), peut désormais être utilisé en structure, tout comme le pin Laricio. Dans le top ten, Lea Veuillen d'Agro ParisTech, qui produit en août dernier une synthèse utile sur les Caractéristiques de la forêt méditerranéenne française, compte aussi le hêtre, le mélèze et le pin à crochet.

Rendement modeste

L'accroissement naturel est estimé à 6-8 millions de m3/an, et l'exploitation ne dépasse pas un tiers. Seules quelques zones des montagnes cévenoles disposent de forêts de production avec une production de plus de 4 m3/ha/an. Antoine d'Amécourt, qui souligne le contraste entre l'implication des acteurs et le rendement modeste des forêts, a évoqué de son côté comme dans la Sarthe, sur sol pauvre, le remplacement d'une futaie par une forêt de production de résineux, plantée au début des années 60, génère aujourd'hui une production de 17 m3/ha/an.

Manque de données

Malgré la présence d'Olivier Picard, responsable de l’Institut de développement Forestier, les spécialistes de la forêt méditerranéenne ne fournissent pas d'indications très précises sur la production globale de bois d'oeuvre ou de trituration, ce qui intrigue car un état des lieux précis semblerait logique avant une enquête d'opinion. Mais cela témoignerait en soi de l'inconsistance économique de ce territoire, à un moment où la mise en service de deux grands site de consommation de bois énergie, à Gardanne et à Brignoles, déchaîne les polémiques.

Une forêt de civilisation

Comme le rappelle Jean Bonnier, les forêts méditerranéennes ne sont pas endémiques mais souvent le résultat de démarches volontaires. Après la dernière guerre, le Lubéron était pelé à cause des besoins de bois pour les gazogènes. Ont repoussé des chênes verts et pubescents non récoltés depuis 70 ans, et largement à maturité. Pour autant, il existe dans la région des pratiques anciennes de sylvopastoralisme, ou même d'agroforesterie à l'instar des oliveraies très en vogue de nouveau.

L'opportunité du bois énergie

La sylviculture méditerranéenne se distingue par l'importance du risque incendie, l'inadaptation des outils les plus modernes d'abattage et de débardage, ce qui complique la question de la pertinence du développement de pôle de consommation de bois énergie comme Gardanne et Brignoles. Toutefois, les spécialistes de l'association sont pour ce qui apparaît comme une opportunité historique pour lancer la machine de l'exploitation forestière, partageant en cela le point de vue de l'ONF. A ce jour, la prescription écologique de limiter l'approvisionnement de Gardanne à 50 km autour du site fait hurler les transformateurs français sturés de connexes et plaquettes. Les Corses, comme le précise Daniel Luccioni, président de Fransylva Corse refusent de leur côté de venir alimenter des centrales métropolitaines, mais voudraient que les énergéticiens viennent les aider à développer une filière de bois énergie chez eux afin d'atteindre l'autosuffisance énergétique envisagée. 

Maudite opinion publique

La forêt méditerranéenne ne fait pas exception, ceux qui la jugent sont principalement des urbains et malgré tous les moyens d'infirmation dont ils disposent avec les téléphones et leurs tablettes, ils se trompent généralement dans leur avis, y compris les journalistes grand public, et confondent allègrement déforerstation tropicale avec récolte métropolitaine. Le poids d'une association comme celle présidée par Jean Bonnier est bien faible en comparaison, d'autant plus que cette filière ne parvient apparemment pas à avancer de front : pas d'interprofessions opérantes, pas d'interaction entre les strates d'acteurs, pas de communication commune. Après près de 40 ans d'efforts et de multiples actions de sensibilisation, le constat est amer mais peut-être qu'il vaut mieux voir le verre à moitié plein.

La forêt française de demain

La forêt méditerranéenne est un enjeu écologique européen, mais aussi un domaine d'études anticipatif du changement climatique. Si le stress hydrique remonte vite jusqu'à Tours, comme cela a été évoqué, et si en d'autres termes les changements se feront bien plus vite que le temps d'adaptation des forêts, que se passera-t-il ? Il va falloir d'une part prévenir les dépérissements en agissant rapidement, et étudier des issues pour que la production à l'hectare ne se contracte pas, dans le reste de la France, inéluctablement, comme une peau de chagrin.

Liens :

Rapport de l'étude

Synthèse

Infographie

CP

 

 

 

 

 

 

 

 

Postez un commentaire