L'essence où tout n'est pas rose

Source:
Fordaq JT
Visites:
2269
  • text size

Alternativtext

De g. à dr. : Lionel Say, DG de CFBL ; Cyrille Ducret, Forêts et Sciages d'Autun ; Jean-Philippe Bazot, président de France Douglas. (Photos: JT)

Ce n'est pas la somme publiée au forceps par Rémy Claire en 2010. "Le Douglas, une chance pour la France et les sylviculteurs", se présente modestement, dès le sous-titre, comme la vision d'une coopérative, la Coopérative Forestière CFBL, très impliquée dans la valorisation du Douglas. On n'y trouvera pas non plus la moindre mise en avant de la coopérative, sinon dans la présentation du concept d'ECOREBOISEMENT, développé notamment par Michel Moulin, le directeur technique de CFBL. En premier lieu, et de façon très étayée et illustrée, la coopérative défend son point de vue en matière de choix de sylviculture du Douglas. L'ouvrage de 140 pages, vendu 15 euros via le site du CFBL, est destiné initialement aux 12285 adhérents propriétaires d'un peu plus de 100 000 ha de forêts, dont plus de 63000 sous documents de gestion forestière durable. Mais sa pertinence invite à une diffusion plus large.

Alternativtext

De g. à dr. : Yves Rambaud, président de CFBL, Michel Moulin, directeur technique de CFBL, Gilbert Tisserand, propriétaire forestier. (Photo: JT)

Le Douglas est la petite essence résineuse qui monte en France depuis bien longtemps. France Douglas est une référence en matière de travail de promotion, et hier encore, avec le concours du CNDB, des architectes franciliens ont eu l'occasion de visiter plusieurs réalisations récentes où cette essence joue un rôle prédominant. Il est bien rare de voir communiquer sur le douglas indépendamment de France Douglas, représenté il est vrai par son président Jean-Philippe Bazot à la tribune lors de la présentation de l'ouvrage à la presse. Gageons qu'il aurait été difficile de se mettre d'accord sur les principes nationaux d'une sylviculture du douglas, à moins de diluer le propos. France Douglas vient tout de même de publier dans sa newsletter n°23 de mai dernier d'assez générales "recommandations sylvicoles" qui figurent en tête de la bibliographie à la fin de l'ouvrage de CFBL. Pour autant, la rédaction de l'ouvrage s'est faite apparemment indépendamment de France Douglas. Ce n'est pas interdit. Mais ça illustre un peu l'état de la filière bois à l'heure où le forcing de la FNB sur les exportations de grumes passe mal, et où, malgré le CSF, ça tire à hue et à dia comme dans le bon vieux temps.

Alternativtext

Face aux demandes de scieurs à canter, CFBL tente de mettre à jour une sylviculture compatible. (Photo: JT)

France Douglas est l'une des rares structures transrégionales de promotion d'une essence. Cela n'existe pas pour le sapin, pas pour le chêne, ou le hêtre. Plus de vingt ans d'efforts, un stock de bois sur pied de plus de 100 millions de m3 pour 420 000 ha contre 220 000 ha en Allemagne, 2,3 millions de m2 récoltés en 2014 (nous sommes vers la fin 2016...), 6 millions prévus à l'horizon de 2035, 15% des sciages de résineux, sans doute 30% en 2030, pour une essence qui, malgré quelques inquiétudes en termes de replantation, occupe la seconde place après le pin maritime en termes de reboisement. Le bilan est tout à fait honorable, mais il y a un hic de taille : les bois sur pied ne cessent de croître au point de dépasser déjà souvent les diamètres canter, le bois pousse mais l'aval ne suit pas.

Comment expliquer cette situation ? Merci CFBL, qui a mis autour d'une table, pour la conférence, des forestiers comme Gilbert Tisserand et un scieur qui ne mâchait pas ses mots, Cyrille Ducret, discret poids lourd de la scierie française de résineux avec des activités cumulant à 100 millions de CA. Voici quelques éléments de réponse.

Contrairement à l'épicéa, le douglas ne voit pas ses branches basses dépérir par l'attaque d'un champignon. A défaut d'un élégage qui se fait au mieux à 6 m et coûte 3,5 à 4 euros par tige (200 tiges par hectare...), plus l'arbre pousse, et plus ces branches génèreront des noeuds noirs incompatibles selon Ducret avec une valorisation supérieure en lame de terrasse par exemple.

Certains  propriétaires ont planté à l'époque du douglas destiné aux mines... L'élégage n'était pas de mise, par contre, l'idée reste bien ancrée selon laquelle le gros bois paye. Et si c'est pas le cas, eh bien, on attendra des jours meilleurs ... ce qui fait croître encore le diamètre moyen. D'ailleurs, les plans de gestion prohibent souvent des coupes pour des diamètres trop moyens, alors...

Et puis, replanter est coûteux, facilement de l'ordre de 4000 euros à l'hectare, 30% de la recette de la récolte. Les cervidés font des ravages, le traitement chimique contre l'hylobe, nécessaire, ne plaît pas à FSC. Les années de sécheresse se multiplient et les plants risquent chaque fois de dépérir.

S'ajoute la crise actuelle du bois d'oeuvre avec un marché du bois d'ossature globalisé et dominé par l'épicéa, ou le douglas doit s'aligner sur des prix bas et peine à faire valoir ses qualités mécaniques. Le bardage ? A l'heure actuelle, les maires de France s'amusent à proscrire le bois apparent en façade.

Et on ne parle même pas de la mise au ban du douglas comme espéce invasive en Allemagne, du moins par certains organismes, partis, voire gouvernements régionaux, ni des campagnes de destruction de plants qui s'en inspirent en  France.

Ce serait logique de se lamenter mais CFBL prend les choses par un autre bout, la coopérative part de l'idée que ce patrimoine sylvicole constitue une chance pour la France et qu'il y a toujours des solutions pour s'adapter aux besoins, au climat, aux exigences économiques. C'est tout CFBL, ils sont connus comme force de proposition et de modernité, que ce soit dans leur tentatives de redévelopper le fret ferroviaire, la distribution de pellets, ou de repenser le reboisement.

Que disent-ils en substance ? Récoltez, mais pour la replantation, procédez par ECOREBOISEMENT. Ciblez deux familles de production, les moyen diamètres pour canter avec une forte densité de peuplement et des coupes d'éclaircie qui vont avoir un effet induit d'élagage. Sélectionnez des arbres d'exception dûment élagués qui vont pouvoir atteindre des diamètres et un âge plus important. Pour ce faire, CFBL donne dans son ouvrage des indications concrètes et pratiques. 

C'est la bonne attitude, mais cela ne résout pas la question de la bombe à retardement du bois sur pied qui grossit avec ses noeuds noirs et ne parvient pas à faire jeu égal avec les essences résineuses du nord ou du centre de l'Europe. Voir s'amorcer une mode du bois rose à l'intérieur, cela va-t-il suffire ? L'ouvrage paraît avant les élections, c'est un appel du pied. Il devrait bien y avoir un moyen de protéger cette essence française, de la préconiser en priorité ... Le président Hollande vient de la Corrèze et il s'agit de bois rose, il connaît le cluster industriel d'Egletons mais jusqu'à présent, cette essence n'a aucune réalité politique. Ce que la conférence de presse d'équinoxe se proposait justement de changer.

 

 

Postez un commentaire
Afficher 1 commentaires:

Maurice Chalayer
Plus globalement se pose la question "quel avenir pour le gros bois résineux?" Une question prioritaire qu'il va bien falloir prendre au sérieux et chercher des solutions, plus que des lamentations...