Le pari olympique

Source:
Fordaq JT
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En lisière de l'écoquartier fluvial de l'Ile St Denis (93), le projet l'Arche en l'Ile d'habitat participatif en construction bois R+4, conçu par l'architecte Julien Beller, fait littéralement face au futur village olympique des JO24 et se dresse comme un fanal pour rappeler l'orientation bas carbone de ces Jeux et la vocation pérenne d'installations olympiques qui doivent tenir compte des nouvelles attentes collaboratives des utilisateurs de demain. Mais est-ce jouable ? L’avis de Rabia Enckell, Structure Promoteur de Courtoisie Urbaine, accompagnateur de l’opération l’Arche en l’Ile. 

- Il y a 100 ans, le village olympique de Colombes était en bois. Aujourd’hui, un village olympique et para-olympique totalement ou partiellement, participatif avec une partie en bois, sur le modèle de l’Arche en l’Ile, cela vous semble-t-il faisable ? 

Rabia Enckell :Bien sûr que c’est faisable, tant qu’on le portera dès le début ainsi : en annonçant d’emblée le prix et qu’ils n’investiront les lieux qu’après une première période réservée aux athlètes ; qu’ils vont d’abord réfléchir à un immeuble pour des athlètes, qu’on les met en lien avec certains athlètes ou leurs représentants  pour que le lien s’opère. Nous aurons les groupes d’habitants qui porteront cet enjeu et s’inscriront dans ces particularités ! Cela sera également une façon d’intégrer réellement les citoyens à ces projets dont on les tient généralement éloignés !

En fait, on peut porter tout type de scénario, il faut juste bien expliquer aux gens sur quoi ils vont agir, combien ça va leur coûter et quel sens ils pourront donner à tout cela. Moi, je fais très attention à la cooptation, je dis très exactement aux gens leur pouvoir d’agir sur un projet. Autrement, on fabrique des situations de déception et ça n’est pas le but.

J’explique précisément ce qui s’imposera à eux : exigences PLU, les attentes des élus locaux dans le cadre de la politique de la ville, les contraintes règlementaires,  les contraintes calendaires … Je leur explique comment le prix est défini, ce qu’on attend d’eux en termes d’implication. Sur cette base, nous pouvons tout proposer ! Il faut juste ne pas leur vendre un projet coopératif alors que c’est un projet avec un volet léger en co-conception. Ainsi, s’ils demeurent dans le projet, les habitants le font sur la base d’un contrat moral et une démarche transparente.

- Si l’on intègre un volet habitat participatif, ce sont tout de même les acheteurs qui vont financer les constructions…

Cela dépend des modèles. Dans la perspective des JO, l’ auto-promotion pourrait être jugée risquée eu égard la grande contrainte calendaire. Je serais la première à l’admettre. Par contre, impliquer des futurs habitants dès maintenant, en termes de transmission, en termes de co-portage financier, de définition de sens commun…c’est possible. Voyez aujourd’hui l’implication et l’impact social des habitants de l’Arche en l’Ile sur l’écoquartier, c’est extraordinaire ! Ce sont de vrais médiateurs entre les nouveaux habitants et les anciens. D’ailleurs, si les élus adhèrent à un quartier J. O. et P.O. participatif, c’est bien parce qu’ils ont remarqué que les habitants de l’Arche en l’Ile sont plus conscients, pour l’avoir vécu de l’intérieur, que réaliser, financer, construire est dur et est soumis à aléas.

Est-ce que, par rapport au village olympique, il ne faudrait pas trouver une formule adaptée à développer ?

Certainement. A l’agence, nous suivons actuellement douze projets en phases de réalisation ou en développement et il n’y en a pas un qui soit « monté » de la même manière. Par contre, ce dont je suis sûr, c’est qu’être adossé à un opérateur professionnel, privé ou public, rend le projet plus inclusif, plus solide.

Pourquoi ?  Parce que tous les frais pré-opérationnels, portés à risque, et qui peuvent aller jusqu’à 20% de l’opération, ne sont pas portés par des habitants, des citoyens. Ce n’est pas leur rôle de prendre le risque pour porter un immeuble. J’accompagne une coopérative dans le 19e, depuis 4 ans, ils ont chacun dépensé 7000 euros et le projet est encore en phase développement.  C’est très crispant, cela me stresse énormément, même si je sais que ça aboutira parce que  la ville de Paris leur apporte son soutien… Dans des zones tendues, il y a tout de suite de fortes sommes en jeu, et l’autopromotion, dans ces secteurs, demeure complexe.

Je capitalise plutôt sur cette rencontre opérateur conventionnel et habitant : c’est indéniablement la meilleure solution, pour les marchés immobiliers tendus tels que Paris et première couronne.

Il y a une multitude de possibilités, par exemple, les futurs habitants peuvent contribuer un petit peu quand même, cela s’appelle une SCIA avec attributions, on n’est pas nécessairement en VEFA. La loi ALUR apporte de nouveaux outils à étudier.

- Quid du modèle constructif de l’Arche en l’Ile ?

L’île est constituée de remblais, je pense que la construction bois a contribué à la légèreté de l’immeuble. L’Arche repose sur des pieux de 21 mètres, par exemple. Par ailleurs, il y a une chose que les élus locaux ont pensé, souhaité, mettre en place : la livraison par fret fluvial. Et je pense que si la filière bois jouait le jeu, cela réduirait toute la gêne et nuisance que la construction va causer sur des bretelles d’autoroute qui sont déjà monstrueusement engorgées. Il nous faut mettre en place tout un consortium d’acteurs réunissant promoteurs, porteurs de projet, constructeurs bois et fret fluvial, en lien avec l’aménageur en charge du projet du village olympique.

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