Les marchés du chêne face à un tournant

juin 06, 2019
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RW/Fordaq
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Chêne France

Où vont les marchés du chêne ? (Photo: Robert Wood)

Il y a du changement dans le chêne. Cette affirmation se vérifie à l’examen des résultats des dernières ventes de bois façonnés du printemps en France. En effet, pour la première fois depuis 2012, les prix des grumes de chêne s’affichent en baisse. La nouvelle n’est pas vraiment une surprise, il fallait bien que cette sorte de fièvre qui enflamme le chêne depuis maintenant 6 ans, cesse un jour ou l’autre.

Sur les derniers exercices, la hausse a été impressionnante, certains professionnels évoquant même le risque de surchauffe en cas de poursuite d’une telle flambée des cours en 2019. De fait, en l’espace d’une demie décennie, les tarifs du chêne ont plus que doublé en forêt.

Des grumes de 1,5 m3 de la vallée de la Saône qui se vendaient sur pied autour de 65 euros/m3 en 2012, se négociaient sur la base de 150 euros/m3 à l’automne 2018 (référence : ventes de Beaune). Sur la dernière période 2015-2018, les cours de ces mêmes bois ont bondi de 50%, soit plus de 15% de hausse chaque année !

Mais ce printemps, la donne a changé. Les récentes adjudications du deuxième trimestre en cours montrent clairement une moindre demande se traduisant par un tassement tarifaire significatif. Celui-ci touche essentiellement les grumes de petits diamètres et les qualités C et D. Dans certaines ventes publiques de l’est, la baisse annuelle sur ces catégories inférieures peut dépasser 20% (voir tableaux ci-dessous).

« Nous constatons effectivement en cette fin de saison de ventes de bois façonnés des cours irréguliers par produits et par régions. » Le scieur Gérald Brochet ne voit cependant pas de raison de s'alarmer outre mesure. Car, d’après lui, « il s’agit d’un réajustement de prix avec rééquilibrage du marché,  la demande est toujours là et il n’y a pas d’inquiétude ».

Si la plupart des scieurs ne manifestent pas de crainte ouvertement, ils reconnaissent cependant que le marché vient de leur donner un signal fort en refusant les hausses proposées sur les prix des sciages fin 2018 et début 2019. De fait, l’augmentation touchant les tarifs de la matière première intervenue une nouvelle fois à l’automne dernier n’a pu être répercutée sur les produits transformés.

Alors que les cours des plots haut de gamme restent stables, voire augmentent (+4,8% de progression pour le QBA sur le 1er trimestre 2019 selon l’enquête CEEB parue le 21 mai dernier), certains prix apparaissent en baisse sur les assortiments secondaires en mêmes données trimestrielles (par exemple -3,8% sur les frises–avivés QF1a, -7,2% sur les avivés QF2).

De leurs côtés, les exploitants forestiers spécialisés dans les exportations sont confrontés à une conjonction de facteurs perturbants. En premier lieu la demande chinoise s’est tarie en billons (et dans une moindre mesure en sciages). L’activité économique a baissé en Chine. De plus, la bataille commerciale fait rage avec Trump, l’administration US ayant porté en mai 2019 à 25% les taxes douanières sur les importations de marchandises chinoises, dont les parquets et les fenêtres. En conséquence, des volumes importants de chêne destinés à la Chine ne trouvent plus actuellement de débouchés.

La chute de la demande chinoise ne fait que renforcer la pléthore actuelle de chêne. Avec des cours encore au plus haut fin 2018, les propriétaires forestiers privés ont beaucoup vendu de bois sur les six derniers mois. Par ailleurs, en raison d’un hiver très clément, beaucoup de grumes sont sorties des forêts contrairement aux années précédentes marquées par la pénurie. Avec les exploitants forestiers qui reviennent vers eux et sans doute, à la marge, avec les effets des ventes labellisées, les scieurs regorgent donc de matière première.

Et si l’on ajoute à tous ces éléments déstabilisants, la perspective sérieuse d’un « no deal » sur le Brexit -impactant déjà l’écoulement sur l’Angleterre de certains produits de charpentes, traverses, plots rustiques de type « pippy oak »…-, on comprendra pourquoi les spécialistes du chêne sont désormais très prudents dans leurs achats de matière première.

LES PRIX DU CHÊNE EN BAISSE DANS L’EST
Prix en euros/m3 à port de camion
Ventes publiques du Jura

Volume Unitaire

1T 2017

1T 2018

1T 2019

Évolution 2018-2019

1 m3

116

157

144

-8,2%

1,5 m3

157

203

161

-20,7%

2 m3

186

233

172

-26,2%

2,5 m3

210

259

182

-29,7%

 

Ventes Publiques du Doubs

Volume Unitaire

2T 2018

2T 2019

Évolution 2018-2019

1 m3

177

137

-22,6%

1,5 m3

233

161

-30,9%

2 m3

274

178

-35%

Source : Robert Wood