Le bambou, l'autre bois ?

juin 12, 2019
Source:
Fordaq JT
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Fordaq informe sur le marché du bois et le bambou n'est pas du bois, mais une herbe, soit. Mais il se pourrait bien que la filière mondiale du bois voie croître dans le bambou une petite soeur. En principe, il ne s'agit pas tant d'une alternative que d'un complément. Le développement de la filière mondiale du bambou pourrait fort bien s'appuyer sur les structures de la filière mondiale du bois, qui pourrait en profiter pour essayer de se refaire une virginité. A condition bien sûr de comprendre la spécificité du bambou par rapport au bois, d'y voir une consolidation de la stratégie de captation de carbone dans une démarche équitable.

Le bambou est indéniablement un formidable aspirateur à carbone. Tom Crowther a compté les arbres, il faudrait maintenant compter les bambous. Surtout, lorsque l'objectif de replanter 1000 milliards d'arbres semble titanesque et qu'on constate que les 15 milliards officiellement replantés correspondent à une année de consommation mondiale d'arbres, il y a de quoi se montrer un peu sceptique. On s'accommoderait aussi bien de 500 milliards d'arbres et 500 milliards de bambous, ce serait déjà pas mal. 

Un peu partout, à la faveur notamment de l'extraordinaire architecture du bambou colombienne, tout le monde s'intéresse en ce moment au bambou, enfin, en bonne partie tout de même l'occident au sens large. Car dans les pays où la construction en bambou est traditionnelle, que se passe-t-il ? A Bali, le tourisme grignote les parcelles. A Hong Kong, l'approvisionnement en tiges pour les échafaudages vient de plus en plus loin. Aux Philippines et en Indonésie, les prix grimpent à cause de l'engouement et de toute façon, quand ils le peuvent, les autochtones basculent vers le parpaing.

Alors que tant de choses restent encore à faire pour développer une économie du bambou et surtout du bambou de construction, la montée de l'intérêt de l'occident coïncide avec un reflux de l'économie du bambou traditionnel, synonyme d'une aggravation de la raréfaction du sable, des granulats, et une intensification de la production de ciment. 

Maintenant, la filière bois peut snober sa petite soeur et faire semblant de disposer de produits naturels parfaitement standardisés et normés. Ou bien capitaliser sur son savoir-faire en matière de standardisation limitée de produits naturels pour aider le bambou à se structurer avant que le ciel ne nous tombe tous sur la tête. Car le bambou comme les autres matériaux biosourcés est confronté à ce que le premier congrès Fibra l'an dernier a bien mis en évidence : ces produits naturels sont de pain béni pour des laboratoires qui peuvent indéfiniment allonger la facture à cause justement du défaut de standardisation, comme on l'a vu déjà dans le sabordage en règle du marché du thermo traitement en France. Si ce n'est que le temps manque et que le virage biosourcé devrait appeler à un changement de paradigme. Au lieu de contraindre les matériaux naturels dans le corset de produits industriels inertes et identiques, relever le défi de l'inverse, s'adapter à la variabilité. C'est le vrai défi technique actuel, bien plus que celui de la production connectée à l'unité. L'industrie de la machine à transformer, comme la machine à bois, est parfaitement en mesure de tout automatiser dès lors que l'on parle d'une matière la plus inerte et la plus standardisée. Elle parvient également à purger tout ce qui n'y correspond pas, même si cela coûte très cher. Mais ce sont encore des petits joueurs dès lors que l'on demande une exploitation maximale, une intégration de qualités dites moyennes. Pour le dire simplement, les lignes d'aboutage ne tolèrent pas les noeuds. Mais le noeud fait partie du bois, et dans le cas du bambou, les tiges ne poussent pas avec la même densité. Si on renverse la démarche qualité, et qu'on s'ouvre à la transformation de produits naturels, peut-être faudra-t-il prévoir une marge d'erreur, et alors ? Le marché de l'entretien, ça existe. Les contrats d'entretien, c'est possible, surtout si l'on commence à frotter sous le nez des consommateurs le coût carbone de ces solutions industrielles sans entretien. 

La filière bois mondiale est à la veille de prendre un coup terrible avec l'orientation du nouveau gouvernement brésilien. Tous les efforts de traçabilité engagés vont être réduits à néant, du moins dans l'opinion publique, avec un doute qui se répandra jusqu'à la production française de bois. L'opinion publique est à cran et les nouvelles de la planète laissent penser que sauf manipulation massive des informations, elle le restera. La filière bois mondiale ne donne pas dans l'angélisme mais elle est là pour gagner de l'argent, comme tout le monde. Si ce n'est qu'elle pourrait bien en perdre, car l'argument vertueux du stockage de carbone fait face de façon persistante à des soupçons concernant la traçabilité, ce qui n'est pas nouveau. Si les soupçons augmentent, comment réagir ? L'une des pistes, peut-être, c'est d'élargir le territoire de la lutte, de prendre conscience de l'expertise spécifique et positive qui sous-tend le marché du bois, pour l'appliquer - encore mieux - ailleurs. Au lieu de toujours faire un complexe d'infériorité face à l'industrie du produit parfaitement standardisé.