Le cas Thomas Crowther

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Fordaq JT
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Nul doute que la sylviculture compte d'éminents spécialistes à travers le monde. Nul doute aussi que la compréhension scientifique de la forêt a longtemps été réorientée vers l'analyse des possibilités d'exploitation. Maintenant que le choc climatique annoncé se déchaîne, on comprend tout à coup qu'on ne sait pas grand-chose sur l'interaction du climat et de la forêt. On commence à comprendre qu'il faut replanter massivement et à une échelle inédite car l'arbre est l'une de nos meilleures armes pour le stockage du carbone. Mais il faut encore repérer les zones géographiques où ces efforts colossaux seront les plus efficaces.

Thomas Crowther vient de présenter sa conférence inaugurale comme professeur associé à l'ETH de Zurich, la conférence est en ligne et c'est un grand événement pour la filière bois globale. Comme le détaille un peu la bio du site de l'ETH, il y a d'abord une belle histoire. L'étudiant dyslexique à deux doigts de renoncer à ses études, qui décroche tout de même un doctorat obscur lié à l'analyse des sols forestiers, ce qui l'amène à l'université de Yale. Et là, le voilà qui s'attèle à la tâche folle de compter les arbres de la planète. Jusque-là, on s'en tenait aux extrapolations à partir des images de satellites de la NASA. Bref, on y allait à la louche, sans sembler vouloir comprendre l'enjeu climatique de la question. 

Il y a une belle histoire parallèle et c'est celle d'un garçon de 9 ans, Felix Finkbeiner, Bavarois, qui, au moment où l'Europe lance le Plan Climat en 2007, lance un appel entendu pour replanter des arbres, bien orchestré par son père membre du Club de Rome. De fil en aiguille, l'initiative est soutenue et reprise dans le cadre de l'ONU et se fixe l'objectif démesuré de replanter un milliard d'arbres. Et ça marche ! Reste à savoir quel effet auront un milliard d'arbres replantés. S'il y a dix milliards d'arbres sur la terre, on augmente les pompes à carbone en gros de 10%, l'impact sera sans doute tangible. Mais même en s'en tenant aux extrapolations à partir des images de la NASA, il y a au moins plusieurs centaines de milliards d'arbre sur terre. Donc, replanter un milliard d'arbre, c'est une goutte d'eau.

A Yale, Thomas Crowther fait fonctionner un immense réseau terrain et parvient avec son aide à établir que la terre compte aujourd'hui environ 3000 milliards d'arbres. Il y en avait le double avant la civilisation. On en perd dix milliards par an. Les résultats sont publiés en 2015 dans une revue scientifique prestigieuse, le jeune chercheur est sous les feux de la rampe. L'ONU se résout à l'évidence et change son programme Plant for the planet, qui devient la Trillion tree campaign, donc l'objectif est juste multiplié par mille ! Bien sûr, on cherche le chiffre rond. Augmenter le nombre d'arbres de 33%, c'est augmenter sensiblement le captage de CO2. Selon Crowther cité par The Independent, cela permettrait d'anéantir l'équivalent de dix années d'émissions anthropiques. Ni plus, ni moins. 

La Suisse, c'est un milliard d'arbres. Si on répartit les tâches de replantation de façon équitable, on en vient à supposer qu'il faudrait replanter en Europe l'équivalent de la surface de l'Espagne. Tout le monde n'est pas d'accord. Il y a ceux qui estiment que cela ne pourra se faire qu'au détriment des terres agricoles, et d'autres qui craignent que ces hypothétiques surfaces boisées ne déséquilibrent le climat d'une autre manière. Récemment, toujours dans une revue scientifique prestigieuse, voici que paraissent les résultats d'une étude qui part de l'hypothèse d'une replantation massive équivalente à la surface de l'Espagne, répartie sur toute l'Europe. L'étude en vient à conclure que le bénéfice carbone serait annihilé par l'augmentation de température qu'entraîneraient la captation de chaleur par les feuilles ou aiguilles sombres. 

La publication de cette étude par une revue prestigieuse n'empêche pas que l'on se pose des questions sur la pertinence d'une hypothèse qui imagine de replanter des résineux partout. Dans le cas probable où les résultats de cette étude sont fondés, il reste entre autres à affiner l'impact en cas de recours à des feuillus, aux peupliers notamment. Voilà en quelque sorte où l'on en est aujourd'hui. Si ce n'est que fort heureusement, la machine de la campagne du trillion tourne à plein, selon le site, on en est déjà à 12 milliards d'arbres replantés. Ce qui veut dire une chose essentielle. Comme il ne reste pas assez de temps pour comprendre les phénomènes avant d'agir, il faut agir et comprendre en même temps, quitte à réajuster le tir. 

Appliqué à la construction bois, ce précepte équivaudrait à ne plus perdre de précieuses années à ferrailler pour faire adopter au niveau international des valeurs émissives enfin favorables au bois. Il faut améliorer dès maintenant l'émissivité du bois de construction mais sans attendre le massifier. Le rythme de développement de la construction bois depuis dix ans est dérisoire à l'échelle planétaire, sans même parler du fait qu'il faudrait tenir compte tout autant de bois que du bambou et des autres matériaux de construction bio-sourcés. Au mieux, ce piétinement peut être vu comme une sorte de croissance "bambou": on plante, on arrose, la première année, rien ; la seconde, rien ; la troisième, rien ; la quatrième, rien ; la cinquième le bambou pousse de plusieurs mètres d'un coup. Possible que la construction bois ait poussé ses rhizomes et qu'elle se soit mise en ordre de marche pour aborder maintenant une phase de croissance explosive. On peut toujours rêver. Ce qui semble plus réaliste, c'est de déduire qu'il faut un plan construction bois et bambou global à la hauteur de la campagne du trillion. Sauf que dans la perception du public, ce plan disons du milliard de bâtiments en bois ou bambou serait perçu comme une façon de réduire à néant la constitution du stock de carbone sur pied constitué péniblement par la campagne du trillion. 

C'est pourquoi nous avons besoin d'un Thomas Crowther de la construction bois. Si l'homme et le climat prélèvent 10 milliards d'arbres par an, quelle est la part utilisée aujourd'hui en bois d'oeuvre de construction ? Quelle est exactement la marge qui va nous permettre de prélever des arbres matures pour construire, sans pénaliser le stock sur pied ? Ne faisons pas semblant de le savoir ! La FAO fonctionne sur des informations fournies par les Etats, et qui sont souvent infirmées par les images satellites ! Avant de reprendre bêtement les arguments de la filière béton, il faudrait sans doute commencer par y voir clair sur ces questions de base, surtout que Thomas Crowther a ouvert la voie en faisant le premier travail.

L'histoire de Thomas Crowther continue. Il a compté les arbres, d'autres craignent que les feuilles ne captent trop de chaleur, et donc, une fondation néerlandaise, DOB Ecology, a doté le chercheur de 31 ans de ce qui pourrait devenir une somme totale de 15 millions de francs suisses sur dix ans, afin de tirer plus au clair les interactions entre forêt et climat. Le lien entre cette dotation et la nomination du jeune Gallois à l'ETH de Zurich est implicite, il n'a pas à chercher des fonds, il peut commencer tout de suite. Ah oui, il y a aussi cette autre belle histoire du garçon qui a lancé toute cette démarche de replantation, à 9 ans, et qui approche maintenant la vingtaine, et dont Thomas Crowther va devenir le directeur de thèse. Autre exemple flagrant de la façon dont, au 21e siècle, on ne peut plus se contenter de savoir avant d'agir, et comment l'action est elle-même un moteur du savoir. Bref, on n'est plus dans la conception universitaire de Humboldt, celle de la dissociation totale entre l'analyste et l'analysé. 

Pour finir, relevons la petite pépite de la conférence inaugurale de Crowther, qui fait une estimation de la valeur marchande de la forêt globale actuelle dans sa diversité, et extrapole sa valeur en cas de replantation globale en monoculture, ce qui prône pourtant la FAO. La perte de valeur est alors abyssale ! 

Que peut-on déduire de ces éléments fragiles aujourd'hui ? Premièrement, il faut replanter massivement en Europe et en France, des feuillus, des peupliers notamment, et développer dare dare une culture de la construction bois avec des feuillus locaux. Il faut faire comme les Allemands et privilégier les peuplements mixtes. Et il faut analyser la façon dont le prélèvement de bois de construction impacte le stock de carbone sur pied. La tâche est gigantesque mais la France dispose de laboratoires de recherche qualifiés. Simplement, il ne s'agit pas pour le coup de demander des aides à rallonge pour éclaircir encore et encore tel aspect. Il s'agit d'avancer dans la recherche et dans l'action en même temps. En commençant par lever les obstacles à la replantation massive.  

On voit bien les difficultés de tout genre auxquelles font face en France les initiatives comme Merci le peuplier ou la fondation Fransylva. Pendant ce temps-là, on observe que la Chine replante des milliards d'arbres et on se dit, ici, c'est pas possible car nous sommes en démocratie. Mais cela n'a rien à voir avec la nature du régime, c'est simplement une question de volonté politique, en commençant pas une volonté conjointe de la filière bois. Est-ce que l'amont et l'aval ont seulement évoqué à ce jour la possibilité de s'inscrire dans la campagne mondiale du trillion d'arbres ? Quand on relève les compteurs de la campagne du trillion, on se rend pourtant compte que la France est dans les clous assignés avec 40 millions d'arbres replantés, cela correspond en tout cas aux objectifs. Mais gageons que ce ne sont pas ceux de la campagne du trillion. A la louche, la campagne du trillion, cela veut dire que la France replante en métropole, en valeur nette, l'équivalent de la couverture forestière de la Suisse. 25 fois plus.

Il y a sans doute des erreurs dans l'argumentation de ce texte non scientifique. Ainsi, Thomas Crowther ne semble pas se pencher sur la question de savoir comment replanter en France, mais plutôt sur une analyse des stratégies de conservation du carbone stocké dans le sol. Tantôt, ce seront certains champignons qui joueront un rôle-clé. Ailleurs, des arbres, même si les liens entre couverture forestière et champignons sont étroits. Probable aussi que la génération en place des chercheurs français en sait beaucoup plus qu'on ne croit. Le jeune Crowther assume sa différence avec modestie, il explique la dimension indispensable de la communication. Et quand il parle de communication, ce n'est pas l'entre soi des sachants et décideurs, c'est la communication réseau au goût du jour. On tombe sur la leçon inaugurale de Crowther en ligne. Il y a peut-être d'autres leçons du même acabit en ligne, de la même portée, par des chercheurs français. Sauf que c'est de Crowther qu'on parle en ce moment, ce qui en soi est tout de même aussi un indice d'efficacité.  

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Alain Debusschere
suite; poules de foret ou cochons de foret c'est à dire des faisans et sangliers. C'est surtout une mauvaise volonté des gouvernement et du lobi agricole. Du temps des Romains 80% de l'Europe étais foret. C'est une question de volonté et de bon sens. Dans le bassin du Congo on compte faire aujourd'hui exactement la même erreur néanmoins le mauvais exemple de l'agriculture industrielle massive comme au Liberia, la Côte d'Ivoire et le Ghana. Il y as trop de huile de palme, trop de caoutchouc, la population locale a faim et la foret se détruit soi disant que l'agriculture rapporte chaque jour une fois que "sa donne". Si en foret on respecte la croissance annuelle par hectare par essence et que la coup n'en dépasse pas les 80% avec 20% de marge pour l'agriculture, habitations et terrain industrielle, les revenues forestières sont perpétuelle. Voila mon avis. Alain Debusschere
Alain Debusschere
Jeune Ingénieur j'ai fait ma thèse auteur du reboisement des terrain agricole abandonner. Cela en 1984. J'avais prévu les subvention agricole pour financer le reboisement. Des membres de jury ont proposé de trouver un système de autofinancement. Se que j'ai fait après et c'est a cause de cela que finalement je me suis retrouvé dans la transformation (sciage, séchage et rabotage). Le choix des essences était surtout fixer selon les essence autochtone (voir des archives même à partir du temps des Romain si nécessaire). Un grand aide étais les archives du temps des grand navire ou beaucoup de foret ont été décimé en Europe. Deuxième vague de coupe massive étais dur a la révolution Industrielle et la nécessité des fonderies d'acier. Après est venue le charbon avec ces émissions phénoménale. Par expérience on sait que les forêts homogène en résineux sont très susceptible au feu d'été. Se qui n'est pas le cas avec les forets feuillus. Question de hygiène forestière (maladie) on sais que les forets mixte ont la meilleures résistance. Après il y as l'aspect d'exploitation industrielle qui préfère des foret homogène et rectiligne qui par contre en terme de faune sont morte. On sais également que les grandes surfaces agricole industrielle sont devenues susceptible a l'érosion et en plus il faut chercher l'eau toujours de plus en plus profonde, sachant que les foret retiennent l'eau. Cela fait donc des décennie qu'on tourne en rond avec surtout de mauvaise intentions sachent qu'il n'y a que une seul solution. Un reboisement massive avec des essences hétérogène et morceler les terrain agricole immense avec des zones de foret. Les agriculteurs qui travaille moins de terrain pour évité les surproduction sur-subventionner et qu'on ajoute de l'argent de taxe pour détruire la récolte pour maintenir un prix fort de vente, peuvent facilement convertir en agriculture de fruits forestière et culture de champignon forestière sans parler du gibier (sans pour autant créer des poules ou de