Schilliger : l'aventure française du CLT continue

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Fordaq JT
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La capacité standard de ces lignes industrielles de CLT, qui se distingue des unités à membranes pour collage sous vide, est en principe de 50 000 m3 par an. Longtemps, il était considéré que cela dépassait le marché français, raison pour ne pas franchir le pas. Après l'installation d'une presse à membrane par Monnet-Sève, Piveteau a fait le grand pas avec une ligne complète Ledinek et n'était pas le seul au monde car sa commande a été retardée de six mois. Mais ce n'est rien par rapport à la situation enviable de seul grand producteur français de CLT acquise depuis. Schilliger a commandé une ligne livrable fin 2022.

Le communiqué de Schilliger :

Schilliger Bois SAS investit dans une nouvelle ligne de production CLT

La construction de bâtiments en bois, notamment multi-étages, est en plein essor en France et dans le monde. En conséquence, la demande en panneaux CLT augmente considérablement. Pour répondre aux besoins croissants du marché en produits à base de bois français, Schilliger Bois SAS installe une ligne de production automatisée de CLT à Volgelsheim. Cet investissement de plusieurs dizaines de millions d’euros s’inscrit parfaitement dans la stratégie de développement et d’innovation de l’entreprise Schilliger et a pour but de gagner en compétitivité et d’augmenter l’offre à destination des marchés en France et à l’export.

Une matière locale pour un futur bas-carbone

La nouvelle ligne de production CLT occupera environ 5000 m2 dans une halle existante et aura une capacité annuelle de 50 000 m3. Elle sera pleinement opérationnelle en janvier 2024. Le CLT, parfaitement adapté à de nouveaux projets de construction ou d’extension, est une réponse aux exigences de la réglementation RE2020. Avec un encollage à chant des planches, les panneaux auront en plus des caractéristiques structurelles et esthétiques améliorées. « Nous sommes particulièrement heureux que ce projet soit lauréat de l’appel à projets Industrialisation de produits et systèmes constructifs bois et autres biosourcés », explique Stéphane Muller, Directeur de Schilliger Bois. « Cela permet de valoriser la matière locale en solutions constructives bas carbone. »

Le commentaire :

Selon Stéphane Müller patron de la branche française du groupe suisse Schilliger, soit Schilliger Bois SAS, le métier de la fabrication de CLT incombe naturellement aux scieurs qui peuvent ainsi utiliser des sciages parfois mal commercialisés ailleurs. Schilliger en sait quelque chose, fabricant en Suisse du CLT depuis 25 ans. L'histoire du CLT français de CLT est également déjà ancienne. Les deux presses en membranes tournent, en Alsace, Schilliger SAS a réservé depuis des années du bois français pour fabriquer en France du CLT français et l'usine a été capable d'approvisionner le Palazzo Meridia avec des panneaux de grand format. Par ailleurs, Schilliger SAS est le spécialiste français du CLT à base de sapin, produit notamment pour la Forêt Noire. 

Sur l'ancien site démesuré bâti par le groupe allemand Klenk pour scier les gros bois, une fausse bonne idée qui a contribué à sa chute, Schilliger a de la place pour conserver les deux presses à membranes et les exploiter à des fins de R&D. Souvent le passage de la membrane à l'hydraulique ne s'accompagne pas d'une mise au rencart de la membrane, qui permet de faire au besoin du sur-mesure, mais avec un rythme, dans le cas de Schilliger Bois SAS, de 6 panneaux en 8 heures contre 6 panneaux par heure avec la ligne de production commandée.

Schilliger choisit le collage sur chant garant de bonne finitions vues et Stephane Müller assure que la question de la délamination du CLT au feu est désormais réglée pour le groupe, la chimie suisse veille au grain. Pour le reste, l'objectif est de fabriquer uniquement sur mesure, pas de CLT standard pour les négoces comme ça se voit en Allemagne. 

Schilliger Bois SAS s'est vu attribuer une aide de 1,8 millions d'euros mais ce sera à peu près tout. Comme il s'agit d'une filiale d'entreprise étrangère, les aides sont différentes que pour les entreprises françaises.

Quelle est vraiment la situation du CLT en France ? L'usine Piveteau tourne mais certainement pas au régime de 50 000 m3 en 2/8. L'usine Chauvin annoncée en 2018 est opérationnelle, associé aux Italiens de XLAM Dolomiti, mais la conjoncture favorable des sciages ne contraint pas les francs-Comtois à pousser la production. Pour les mêmes raisons, Mathis ne produirait quasiment plus sous membrane. Monnet-Sève a levé le pied en catimini, préférant ne pas se mesurer à Piveteau avec un équipement moins costaud. Belliard produit avec son équipement hydraulique, Tanguy doit regarder de près les évolutions du cours des sciages. Restent les étrangers, KLH leader historique que l'on retrouve toujours un peu partout dans les grandes opérations, Stora Enso qui cartonne littéralement avec Woodeum en WO2. Binder tire son épingle du jeu, notamment grâce à la disponibilité de son produit standard en dimension réduite. Les autre acteurs européens sont moins présents, qu'il s'agisse des Autrichiens, Allemands, Italiens, Basques, Wallons. C'est que la coutume s'est installée de passer un avis technique, pas toujours indispensable, mais en tout cas requis pour les grosses opérations qui sont aussi les plus visibles.

Bref, on peut s'imaginer que désormais le marché française du CLT tourne à plus de 50 000 m3 par an. Il monte d'année en année, certes, mais pas non plus en flèche. Le regard médiatique est troublé par les belles opérations et l'enquête nationale de 2020 a de nouveau révélé que si le CLT gagne des parts de marche, l'ossature bois reste omniprésente en quantité. D'ailleurs, les conséquences de l'essai Efectis d'avril 2018 en rapport avec l'immeuble Sensations n'ont pas contribué à faciliter le déploiement de cette technique, et certains architectes du biosourcé font grise mine à cause de la consommation de matière, d'autres ne veulent pas de colles. L'argument selon lequel le CLT est le meilleur stockage durable et réutilisable de carbone ne prend pas. L'auditorium éphémère développé par ArtBuild et son équipe (avec Ney and Partners notamment et aussi CBS-Lifteam) était une illustration de la réutilisation possible de CLT après déconstruction. Mais évidemment, le CLT en est aujourd'hui au stade de la construction.

De même, personne ne semble prendre en compte, sur le marché des ayatollah du biosourcé, la capacité du CLT à employer, comme quasiment nulle part sinon pour les panneaux de process, des sciages de mauvaise qualité, du bois bleu notamment. Le CLT est une façon de ne pas expédier des millions de m3 de grumes de résineux en Chine pour une bouchée de pain. Cependant, même le fort développement du CLT en Europe n'a pas empêché ce travers depuis 2018, mais pour d'autres raisons et notamment l'engorgement de la production. 

Bref, on se demande quand se terminera ce CLT-bashing français au profit d'une évaluation pondérée, notamment face à la filière béton. Le CLT a tout traversé en France : les FDES négatives qui le rabaissait au niveau quasiment des planchers en béton, la xénophobie commerciale, la mauvaise volonté des constructeurs qui voulaient faire tourner leur machines de taille à commande numérique, la remise en cause des mesures et de la R&D étrangère, la critique justifiée des transports, la question de la contribution du CLT apparent aux incendies alors qu'il n'existe quasiment pas d'incendie associant du CLT, en France. Le CLT "risque" de faire redémarrer un incendie à cause de son pouvoir calorifique et il pourrait se délamelliser comme les Américains l'ont compris en développant des colles adaptées. Le CLT pourtant a changé la façon de construire, convaincu les majors (notamment Bouygues et Eiffage), permis à Woodeum et WO2 de bâtir à un rythme effréné des constructions de standing, changer enfin cet environnement de vie marqué par la plaque de plâtre et totalement aseptisé, interchangeable. Il a donné l'envie d'habiter dans le bois et les surfaces visibles des panneaux sont belles. Le CLT a révolutionné la productique sur chantier, c'est vraiment le moteur de la construction bois en France, mais voilà, il est mal aimé. Ce qui n'empêche pas les industriels d'enfoncer le clou, avec des investissements de l'ordre d'une trentaine de millions d'euros qui rapprochent le monde de la scierie de l'industrie lourde. 

Le Grand Est, avec bientôt trois ligne de production Pavatex à Golbey, avec la grande scierie de SIAT, la ligne de Schilliger, le succès de Mathis, l'usine de Garnica et toutes sortes d'autres acteurs du bois, est en train de retrouver son niveau industriel dans ce domaine. 

 

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