RE2020 : constitution d'un front bio-géosourcé

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Fordaq JT
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Les positions respectives d'un vaste collectif représenté par Arthur Hellouin de Ménibus d'Ecopertica, et de l'UICB, étaient déjà proches mais il restait à la mettre en harmonie. La Fédération des Parcs Naturels Régionaux de France, qui regroupe 5000 communes et pour laquelle la RE2020 représente un enjeu majeur, a suscité ce rapprochement des points de vue, qui débouche sur un ensemble de deux textes qui ont été adressés aux ministères concernés la semaine dernière, et que la Fédération rend publics ce matin 19 décembre 2019. Pour la filière bois, c'est l'UICB qui signe, de même que FBR en représentant explicite de douze interprofessions régionales dont Francîlbois. Le fait que la filière bois n'est pas présente au complet est plutôt fortuit et dû à des questions d'urgence de calendrier. Selon la Fédération  des Parcs Naturels Régionaux de France, il n'a pas eu de fin de non recevoir de la part de l'amont de la filière bois, ni d'ailleurs des autres organismes de l'aval, ou du CSF Bois. La question de l'adhésion de ces organismes à cette mouture reste posée, d'autant que la filière bois se voit régulièrement reprocher par les ministères son manque de cohésion. Rien n'empêche que le reste de la filière s'inscrive dans cette démarche qui n'en prendrait que plus de poids. De même que la position commune adoptée peut fort bien être partagée par d'autres organisations extérieures à la filière bois proprement dite. 

La position commune porte donc sur deux volets, le premier concerne le calcul du carbone dans la RE2020, le second les niveaux d'exigences en termes de carbone au sein de cette RE2020 dont il faudra s'habituer à parler sans la voir, en 2020. Pour ce qui concerne le premier volet, le message principal est que, comme le dit le titre, "La méthode de calcul carbone utilisée actuellement dans le secteur de la construction est pénalisante pour les matériaux biosourcés". Extrait : 

"La méthode actuelle estime que pour chaque m², un mur en bloc de béton creux avec isolation laine minérale avec finitions émet de l’ordre de 60 kgCO2 eq de plus qu'un mur en bois isolé en paille avec finitions. Avec un calcul prenant en compte le moment où chaque émission est produite, le mur en bloc creux avec isolation laine minérale émet 100 kgCO2 eq de plus que le mur en bois isolé paille, montrant ainsi que le calcul actuel est particulièrement pénalisant pour la solution biosourcée".

Le second document, plus politique, complète les réflexions et demandes autour d'un juste calcul des émissions carbone par "deux dispositions-clés nécessaires :

-la définition de plafonds d’émission de carbone au-delà desquels il n’est pas possible de construire. Le principe est de fixer des limites d’émission par m² construits à ne pas dépasser sur l’ensemble de la durée de vie du bâtiment (carbone émis en phase de construction, d’exploitation et de déconstruction).

-la mise en place d’un indicateur précisant la quantité de carbone stocké dans le bâtiment assorti de niveaux à atteindre. Un bâtiment ne doit plus être construit sans stocker un minimum de carbone"

On ne sait pas si les rédacteurs ont en tête un plafond et un minimum précis. On retrouve l'idée de l'arrêté de 2010 avec sa façon d'imposer une part minimale de bois dans la construction, sauf que maintenant ce serait du carbone, donc non lié à un matériau de construction en particulier. 

La Fédération des Parcs Naturels Régionaux de France est contente de pouvoir adresser sa requête aux pouvoirs publics, avec à l'appui deux documents cosignés par une bonne vingtaine d'organismes et associations, dont les 12 interprofessions de l'association FBR. Et l'UICB. 

Les 54 Parcs naturels régionaux de France représentent plus de 4400 communes, 4,1 millions d’habitants et 9,3 millions d’hectares, soit 15% du territoire. Elles travaillent de multiples façons et depuis longtemps sur l'intégration des matériaux biosourcés les plus divers (paille, bois, chanvre, balle de riz…). En l'état, leur travail risque d'être impacté par ce calcul carbone fallacieux que dénonce le front bio-géosourcé : 

"La méthode de calcul carbone actuellement utilisée dans le secteur du bâtiment2 ne tient pas compte de l’instant d’émission, ce qui revient à supposer que toutes les émissions ont lieu l’année de construction du bâtiment. Cette hypothèse est généralement raisonnable pour les matériaux conventionnels (ciment, laine minérale, polystyrène, métaux…) car une très grande part des émissions de gaz à effet de serre est liée à la fabrication du matériau. Par contre, ce n’est pas le cas des matériaux biosourcés constitués de matière végétale (paille, bois, chanvre, balle de riz…). Ces végétaux retirent de la circulation atmosphérique du carbone lors de leur croissance par la photosynthèse. Lorsque ces végétaux sont utilisés dans la construction, ce carbone reste fixé pendant la durée de vie du matériau. Puis, selon la fin de vie de ce matériau (incinération, compostage, réemploi...), ce carbone prisonnier peut être partiellement ou totalement rendu à l'atmosphère".  

Quelle est la marge de manoeuvre des pouvoirs publics français en matière de mode de calcul des émissions de carbone ? Est-ce que tout cela ne dépend pas d'accords ou ententes internationaux ? La RE2020 peut-elle, dans le meilleur des cas, rectifier le tir, comme le tente le label BBCA ? Mais la question principale reste toute simple et elle n'est apparemment jamais abordée : comment faire une RE2020 qui permettent arithmétiquement d'atteindre les objectifs de la soi-disante transition environnementale pour les échéances proches de 2026 et 2030 ? Dans la perspective de la neutralité carbone en 2050 au plus tard... Et en rattrapant la décennie perdue depuis le Grenelle de l'environnement ? Si on ne se cale pas sur ces impératifs, à quoi bon le reste ? 

Lire le communiqué de la Fédération des Parcs Naturels Régionaux de France

Lire le document cosigné au sujet du calcul du carbone dans le cadre de la RE2020

Lire le document cosigné au sujet de l'exigence carbone dans le cadre de la RE2020

 

 

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