La chronique de Postec

Source:
Gwenael Postec/Fordaq
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Le sujet du jour est "Le carbone des sols forestiers, quelques premiers enseignements !", sujet actuel car on accuse les coupes rases de conduire au déstockage carbone des sols forestiers. C'est une question à laquelle on peut répondre lapidairement et politiquement ou bien par un livre, une thèse. L'intérêt de l'approche de Postec, c'est sa concision et sa pédagogie. A suivre, comme on dit...

Le carbone des sols forestiers, quelques premiers enseignements !


Les sols selon leur nature, leur histoire, la végétation en place et les interventions pratiquées contiennent plus ou moins de carbone. L’enjeu du carbone du sol est très important car il est équivalent à celui contenu dans la végétation elle-même. Les sols forestiers et les prairies en sont plus pourvus que beaucoup d’autres sols (le double en moyenne) et le projet 4/1000 initié par l’ancien ministre de l’Agriculture M. Le Foll se focalise donc sur les sols agricoles cultivés qui déstockent fortement. Certes un sol bien pourvu a probablement moins de potentiel de séquestration par contre il a un risque de relargage plus important aussi. 
La SNBC est peu prolixe sur l’évolution attendue du stock carbone dans les sols forestiers et la considère comme constante (+ 5 MTCO2/ha soit 0,3 TCO2/ha/an en moyenne). Intéressons-nous un peu aux travaux de recherche sur le sujet.
Pour ce qui concerne l’agriculture, pour inverser la tendance et séquestrer du carbone il s’agit essentiellement de changer de pratiques avec moins de labour, plus d’agroforesterie et des couverts végétaux en intercultures. L’Ademe dans son étude « Transition 2050 » chiffre même le potentiel de séquestration à + 50 MTCO2eq/an, c’est dire l’importance du sujet. 
En matière forestière, la même étude indique que « pour les sols forestiers, il n’existe pas de projections considérées comme fiables pour la France, d’autant plus qu’aucun modèle de dynamique du carbone n’est validé ». Et pour cause, ce sont des sujets complexes à isoler dans des équilibres écosystémiques fragiles. Les stocks de carbone dans les sols concernent les 30 premiers cm de sol et sont calculés par le Réseau de Mesure de la Qualité des Sols.  Il est en moyenne de 273 T de CO2eq/ha dans les sols forestiers. L’INRAE, l’Université de Rouen, l’ONF et l ‘ENS-Géologie ont travaillé spécifiquement sur le sujet du carbone du sol en forêt et même si plusieurs points doivent faire encore l’objet de travaux complémentaires, il est déjà possible d’en tirer quelques conclusions : «le risque de perte de carbone augmente avec la taille du réservoir initial». Les sols forestiers à fort potentiel de séquestration (+2 TCO2/ha/an) se situe plutôt dans les forêts récentes dans lesquelles il est possible d’avoir une sylviculture dynamique alors que dans les sols des forêts anciennes voire surcapitalisées l’enjeu principal sera de ne pas déstocker du carbone déjà présent en masse dans le sol en adoptant une sylviculture plus proche de la nature. C’est surtout au niveau de la litière (environ 10% du carbone du sol) qu’une mise à nu d’un sol après une coupe rase provoquera des pertes importantes. Un travail de sol en bandes (labour sur 25% de la surface) limitera quant à lui l’impact sur les horizons inférieurs. Par ailleurs, il est important de n’exporter que le bois commercial (et donc de laisser dans ou sur le sol le système racinaire et les menus bois).

Voilà pour la chronique du jour, et la prochaine fois, Gwenael Poste fera une synthèse de tous ces posts qui ont couverts à peu près tous les aspects de la question du carbone en forêt.

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