Nudge ou New G : une pichenette jamais n’arrêtera le hasard

Source:
Jonas Tophoven Fordaq
Visites:
444
  • text size

Nudge : une pichenette jamais n’arrêtera le hasardSi au grand jamais la RE2025 arrive et que l’économie carbone prenne un sens réel, la Semapa en aura quasiment fini avec la construction du quartier Bibliothèque au-dessus des rails. Tant mieux, sans doute, car ce genre de projets ne cadre plus vraiment avec les enjeux climatiques du jour. D’un autre côté, on voit que trois bâtiments en bois se dressent désormais côte à côte sur l’avenue de France, le Nudge de Catherine Dormoy et AAVP, les Persiennes de Parc Architecture et la succursale de l’université de Chicago par Studio Gang. Un peu plus loin, DVVD devrait lancer bientôt un immeuble monté sur les enjambements en béton via un socle métallique, solution également choisie pour le bâtiment universitaire.  

Le cas du Nudge indique qu’en général, l’enjambement des voies était lié à des projets de construction précis, et calibrés en fonction. Environ jusqu’à la construction de l’immeuble du Monde en métal, c’est surtout le béton qui a servi de matériau de construction, ça faisait lourd et les poutres d’enjambement n’en étaient que plus grosses et ferraillées. Elles avaient enjambé l’emplacement du Nudge il y a longtemps pour un projet qui n’a pas vu le jour. Enfin un concours a eu lieu un peu dans la mouvance intellectuelle de Réinventer Paris. Tout comme Studio Gang et Parc Architectes ont concourus ensemble pour le lot adjacent, Catherine Dormoy et AAVP ont décidé de ne pas se répartir les bâtiments de la parcelle, comme cela a été fait dans l’autre parcelle adjacente par rapport à laquelle le Nudge tente de s’articuler.

Catherine Dormoy amène entre autres cette idée du nudge, le coup de pouce, la pichenette, un concept de psychologie appliquée tendant dans ce cas précis à pousser les habitants vers un comportement bénéfique, vertueux, convivial, humain. AAVP poursuit son œuvre toujours atypique et amène au projet sa compétence dans la construction bois, établie dès la création du collège Maria Casarès à St Denis, mention à l’Equerre d’Argent 2011. L’équipe de Vincent Parreira se distingue toujours et là, au moment où l’agence Dream multiplie ses projets avec terrasses et escaliers extérieurs, nous voilà dans un univers un peu analogue mais renversé vers l’intérieur. Autant les terrasses de Dream font date, autant les coursives et les escaliers tentaculaires du Nudge resteront une référence par leur parfaite asymétrie. L’équipe a le cran d’avouer que cela n’est pas sorti seulement de l’imagination créative de l’agence, mais d’une adaptation au contexte : le lot voisin à angle vif, les énormes désenfumages de la SNCF, les poutres à partir desquelles il a fallu construire. En phase d’exécution, la SNCF demande de contrôler la portance de ces poutres anciennes et il s’avère que l’une d’elle était insuffisamment ferraillée. Il faut donc retransmettre les charges sur les deux poutres contigües par une grosse poutre treillis métallique qui court derrière la façade de l’avenue de France mais, à la différence d’une solution béton, réserve tout de même quelques espaces pour de petites fenêtres destinées au local commun de colocation.

Pourtant, avant de devoir intégrer le treillis, les agences avaient déjà compris la nécessité de créer un socle de deux étages en béton pour pouvoir ensuite monter à plus de 30 mètres avec une structure mixte et donc allégée. Des poteaux en LVL pour les étages bas puis en BLC d’épicéa. Des solives en BLC associées à des dalles de compression (faisant diaphragme) par des chevilles SFS. Une chape flottante au-dessus, un plénum avec de la laine de verre et deux plaques de plâtre en dessous. Murs à ossature bois, bardage en mélèze lasuré classé M2 avec pare-pluie Dörken susceptible de monter à la hauteur requise. Côté rue de France et rue Lacan, des loggias appuyées sur une structure en BLC habillée de planches à pourrir. A la manoeuvre, Rubner France. Le platelage a été posée par l’entreprise Faste, la zone des jeux d’enfants en bois a été fabriquée et posée par Bois Loisirs Créations.

Les coursives et les marches d’escalier en lames de pin traité, sur plancher collaborant avec sous-face en bardage de bois. Dans les logements, parquet, menuiseries en bois, placards intégrés.

A un moment de l’exécution, pour une broutille, il a fallu déposer un permis de construire modificatif qui a remis en cause le précédent. Les pompiers de la doctrine ne voulaient plus entendre parler de bois en façade, mais c’était déjà posé. Les tergiversations ont duré six mois et on peut désormais être sûr qu’à Paris, lieu de parution de la doctrine des sapeurs-pompiers de la préfecture de police en juillet 2021, on ne trouvera plus de façade bois, comme à Lyon du temps de la mandature de feu Collomb.

Le Nudge restera donc une exception parisienne et on peut se demander quel matériau pourrait remplacer le bois pour nudger la convivialité via les coursives. Il n’y a pas le nudge côté Dormoy et le bois côté AAVP, l’un est lié à l’autre. Mais sûr qu’avec la doctrine, ça va continuer à nudger sans bois, ou beaucoup moins de bois apparent. A l’inverse, le Nudge est la traduction d’une époque progressiste et attachée à la dimension participative, quand le bois exprimait une alternative sociétale. La massification éventuelle en vertu du carbone peut aussi lui faire perdre son âme. D’autant que les deux agences associent au système constructif tout un jeu de pièces convertibles ou cédables. Certes, cela peut se faire aussi entre poteau béton avec des cloisons séparatives en plaques de plâtre. Au Nudge, ce jeu de recomposition a même créé un T8.

De fait, l’objet premier du Nudge n’est pas la construction très bas carbone biosourcée, la frugalité n’est pas vraiment dans l’ADN de Vincent Parreira. Et puis, les appartements se sont vendus à un peu plus de 12 000 euros le m2. Ils sont partis comme une flèche avant le COVID puis les ventes ont stoppé net et 30 appartements ont finalement été vendus en bloc. Ce qui se joue vraiment va commencer en 2024. On va voir si les occupants se laisseront nudger. De sorte que le tandem Catherine Dormoy/AAVP signe une sorte d’architecture de la quatrième dimension.

Image : Catherine Dormoy et AAVP

CP des promoteurs

Présentation des architectes

Information

 

   

Postez un commentaire