Icade transforme un entrepôt séculaire en Hôtel Hilton

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Fordaq JT
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Icade transforme un entrepôt séculaire en Hôtel Hilton

En retrait de la façade maçonnée, mais avec des poutres fichées dans cette façade pour assurer son contreventement, la structure alterne des éléments verticaux en chêne et des éléments horizontaux en résineux. Dans certains cas, en façade, les poteaux ne sont pas en chêne mais en résineux. Sur la périphérie, les poutres sont de plus grande section et à l’intérieur, le raccord avec les poteaux se fait par poutres moisées. Les sections des poteaux s’amincissent au fur et à mesure que l’on monte dans les étages et au sommet, on trouve des poteaux de résineux sertis sans doute d’époque pour contrecarrer l’éclatement du bois intervenu depuis.

Aménagements

Comme cette structure doit accueillir un hôtel, certaines zones ont été modifiées, notamment à l’emplacement du nouveau noyau de circulations verticales en béton, mais aussi le plancher du lobby décaissé de 1.5m pour s’accorder au niveau de la rue et gagner en générosité ou les poteaux existants sont repris par une nouvelle structure métallique de belle allure. En fait, c’est toute la partie supérieure de la structure bois de l’étage qui a été conservée et soutenu par les nouveaux portiques conçus par l’équipe de CALQ sus direction de Jean-Philippe Le Bœuf.  

Une structure marquée

Ailleurs l’aspect esthétique est quelque peu atténué par le travail accompli sur les éléments. C’est aussi pourquoi les structures bois visibles dans les chambres seront lasurée avec une couleur foncée (à la demande du décorateur du preneur). Premièrement, certaines poutres ont été changées et remplacées par des poutres en lamellé-collé. Par ailleurs, les bracons ont été renforcés par des ajouts latéraux de pièces de bois vissées par vis SFS mais surtout collées à la résine. Ces nouvelles pièces sont également plus claires. Sous les bracons, on voit les pastilles claires qui rebouchent les orifices pour les goujons collés de renforcement. Enfin, le bouchage des fissures est bien apparent et dans le cas où le pied de poteau était à remplacer, la prothèse prélevée parmi les poteaux démontés a été appliquée avec de longues encoches pour les goujons. Parfois, les poutres ont dû être prolongées en utilisant discrètement des panneaux en LVL.

Le chêne a pourri malgré lui

Icade transforme un entrepôt séculaire en Hôtel HiltonSi certains pieds de poteaux en chêne se sont détériorés au fil du temps, c’est essentiellement en façade et à cause des doublages associés. Le point de rosée mal placé à fait lentement son œuvre. Quant à la portance, il est clair que les constructeurs de l’époque, donc de la seconde moitié du 19e siècle, ne maniaient ni les catégories C des résineux, ni les GL du lamellé-collé, ni le D des feuillus. Le Sylvatest a permis de s’assurer que tous les éléments répondent bien à des caractéristiques requises, tantôt C24 à C30 pour le résineux. Pour les feuillus, le Sylvatest de CBS-Lifteam a mesuré des valeurs du D30 ou D70. Prescilla Ransay, ingénieure chez CBS-Lifteam : « Le Sylvatest permet bien de mesurer la résistance d'élément fendu, en revanche il était nécessaire d'arrêter ce processus de fente, c'est pourquoi les fentes des poteaux ont été vissées puis résinées ».
Dans son état d’origine, avec son plancher en bois, l’entrepôt pouvait stocker des milliers de sacs de sucre, par exemple. Au fil du temps, le centre de la structure s’est légèrement rabaissé, comme l’indique la nouvelle dalle parfaitement horizontale. Comme les poutres moisées pouvaient dans le cas d’un incendie être attaquées par les flammes de 3 côtés, il a été décidé de couler la dalle dans l’interstice.

La construction bois plus durable

Transformer un entrepôt du 19e siècle en hôtel de luxe tout en conservant l’essentiel de sa structure bois est une gageure à cause de l’impressionnant changement de destination. Mais conserver les structures en bois par une analyse non destructive des performances mécaniques a un intérêt général. Dans le cas du réemploi, l’analyse ultrason, mobile, est d’un intérêt certain face aux tests destructeurs qui conduisent à déplacer des éléments vers des centres de test. Malheureusement, l’aboutissement de cette démarche arrive à un moment où il ne reste plus beaucoup de structures anciennes à réemployer, ou à requalifier, sinon dans le cadre des sites classés et des poutres de plancher d’immeubles haussmanniens. Par contre, on sait maintenant que la portance des pièces de bois peut s’analyser sans destruction et sur site. A partir du moment où cette pratique se développe, notamment avec des appareils maniables, on peut considérer que les éléments d’une structure bois posée aujourd’hui seront en principe caractérisables demain et réutilisables dans la même configuration ou en ré-usage.

Parc du Pont de Flandres

Le chantier s’achèvera cette année et déjà, Tomas Netusil et son équipe planche sur d’autres opérations, notamment des logements neufs en bois à Nanterre. Car l’agence CALQ, spécialiste de la réhabilitation, développe également une spécialité dans ce domaine. Demain, le parc tertiaire du pont de Flandres, qui accueille 4000 employés, sera donc bordé de chaque côté par un bâtiment à structure bois. Le Hilton d’un côté et le bâtiment 007 d’Anne Carcelen de l’autre : le réaménagement de la petite ceinture en fait un point remarquable, même si les caissons de la façade ne permettent pas d’imaginer sa structure interne. Non loin, à un kilomètre environ sur la même voie, vers le Sud, c’est la Ferme du Rail et sa cantine. Pour l’heure, tout s’arrête encore au café La gare qui vaut le détour. Pour agrémenter une excursion, on peut aussi se rendre au local des associations de la rue Alphonse Karr, grand site de rénovation des HBM à Paris. Les clients de l’Hilton auront donc de quoi s’encanailler à proximité.

Photo d'ouverture : Jad Sylla/CBS-Lifteam

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