AG de France Douglas à Paris

juin 06, 2018
Source:
Fordaq JT
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Le monde français du Douglas prépare ses Assises alors que la production de sciage a atteint 1 million de mètres cube, et place cette filière à la croisée des chemins. La publication de recommandations relatives à la culture du Douglas est loin de faire l'unanimité en amont, même si elle peut être considérée comme un pas vers une sylviculture plus en phase avec les attentes du marché. 

Plus de vingt ans après la création de France Douglas, et malgré le travail de longue haleine de Jean-Louis Ferron, la filière française du douglas reste encore fragile a plus d'un titre. Premièrement, sa configuration même reste un peu une exception, sauf si on prend en compte le Conseil National du Peuplier. Et puis, France Douglas reste un outil modeste avec 30 000 euros de cotisations et un budget de fonctionnement dix fois supérieur, fondé sur des aides liées à des projets de recherche précis. Les frais de structure sont légers, les moyens mesurés mais l'impression qui se dégage, c'est que l'outil est bien géré, ce à quoi contribue d'ailleurs la démarche de communication transparente. En ce sens, Sabrina Pedrono a montré qu'elle sait prendre le relais de Jean-Louis Ferron, et même couper le cordon ombilical avec le CRPF, en installant un secrétariat autonome. Un gros travail de communication a été mené, avec un support imprimé qui s'inspire de ce que Séquences Bois a été depuis si longtemps, et donc en recyclant une approche prescription qui a fait recette. S'ajoute la refonte complète du site internet, dans le même esprit, et l'on pourrait également citer la belle exposition itinérante qui effectivement tourne en permanence. C'est comme si Sabrina Pedrono et sa petite équipe, adoubée par le conseil d'administration et présidé par le scieur et représentant régional de l'interprofession, Jean-Philippe Bazot, puisait dans le meilleur du CNDB. Ce nouveau visage va profiter des Assises de Bordeaux, les troisièmes après Tulle en 2004 et Limoges en 2012, pour donner à plein. D'autant que la production de sciages de Douglas grimpe effectivement après quelques années d'à-coup, pour franchir en ce moment la barre du million de m3. Parallèlement, la filière qui monte peut s'appuyer sur de splendides réalisations, au rang desquelles figure ce cinéma parisien, Les fauvettes, où s'est déroulé l'AG.

Le douglas est la cible des écologistes en Bourgogne et pour certaines ONG en Allemagne, qui le classe comme essence invasive. En aval, le douglas gagne une nouvelle vertu par la façon dont le cycle de production français permet de réinjecter de l'argent dans l'économie. De fait, le douglas devient le parangon d'une économie française et circulaire du bois, ce qui le charge aussi d'une certaine responsabilité. En d'autres termes, il est inconcevable que les forestiers et les scieurs ne trouvent pas vite un terrain d'entente en matière de choix sylvicoles. Inconcevable ? Il suffit de regarder ce qui se passe pour le chêne pour comprendre que le mot inconcevable n'est pas français. 

Alors que Sabrina Pedrono multiplie les coups d'éclat médiatique et séduit les prescripteurs, les dissensions grondent en amont. La pomme de discorde se cristallise dans les recommandations qui ont été publiées fin 2017, apparemment à la suite d'un dialogue constructif avec toutes les parties prenantes, mais tout de même avec une orientation qui ne semble pas faire l'unanimité de l'amont forestier. Fondamentalement, un glissement semble en train de s'opérer au sein de l'organisation vers l'aval. L'aval, ce sont des scieurs qui veulent du bois classé C24 et d'un diamètre à canter. Les positions ne sont pas pour l'heure convergentes mais l'affrontement reste courtois, ce qui n'en atténue pas la virulence. Or, la filière a déjà assisté une fois cette année aux résultats incertains d'une volonté de passage en force, dans le domaine du chêne. 

Les Assises vont placer le douglas sous les projecteurs et peut-êter qu'on va opter pour un lissage de circonstance et creux. Ou bien, ces Assises vont être en fait celles de la filière bois française aujourd'hui, elle vont contraindre les acteurs à trouver un accord viable entre l'amont et l'aval, et si c'est le cas, ce serait un formidable exemple pour toutes les autres filières du bois. Surtout dans un contexte où l'on n'arrive qu'à tourner en rond en matière de gros bois et d'exportations de grumes de chêne. Un constat d'échec qui a de quoi rebuter les générations Y et Z, si l'on veut bien interpéter le mode générationnel de la gouvernance à la Macron. 

Le programme des Assises est largement arrêté, voire ficelé. Mais l'AG a montré l'ouverture d'esprit de l'organisation et sa transparence. Le débat latent est celui de toute la filière et son incapacité à trouver un terrain d'entente est sa malédiction. Mais la petite différence, c'est que France Douglas est une organisation transversale. C'est grâce à elle que l'on va sortir des lieux communs et des vérités toutes faites, pour affronter la complexité. Sur le marché qu'affrontent les sciages en douglas, le groupement KVH l'a fait depuis des lustres avec une marque de qualité relative au BMA, et aux poutre Duo et Trio. 

La balance semblait toujours menacer de pencher du côté de la vision urbaine de préservation des espaces naturels, mais c'est peut-être un leurre. Sur le CIB, on entendait aussi à l'AG de LCB l'éminent connaisseur de la filière bois, Claude Roy, replacer la forêt dans le contexte de la bioéconomie et de la photosynthèse, et on préfère ne pas répéter le sort auquel ce dernier a voué en public les gens qui arrachent des plants de douglas. En ouverture de l'AG, Jean-Philippe Bazot a évoqué d'ailleurs, précisément, cette pression écologiste à laquelle la filière bourguigonne du douglas est soumise chez elle, tout étonné de réussir à Dijon une présentation sereine de son activité humaine. 

Récemment, la première grande opération française d'habitat participatif en bois, à L'Ile St Denis, a fait apparaître une nouvelle dimension : les habitants aiment le bois et ils aiment le bois local, et pour les Franciliens, le Douglas est réconfortant car il est français. Bref, on ne peut guère se résoudre à imaginer que les points de vue des uns et des autres sont incompatibles.