Flambée historique des cours de chêne

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RW/Fordaq
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Flambée historique des cours de chêne  

Les stocks de sciages secs de chêne sont au plus bas, les prix au plus haut

 

Pour le chêne, le moment est historique. Embrasement ? Frénésie ? Hystérie ? Les qualificatifs manquent pour caractériser des marchés qui, de mémoire de professionnels, n’ont jamais atteint un tel niveau de demande en sciages et de tels prix aux achats en forêt. Les sollicitations sont si multiples que les transformateurs ne savent plus où donner de la tête, tentant malgré tout de privilégier leurs clients fidèles tout en essayant de satisfaire de nouveaux arrivants. 

La fièvre qui embrase aujourd’hui le chêne ne date pas des premiers mois de folie de cette année 2022. Tout l’exercice précédent, celui de l’après-Covid, a été marqué par une irréductible montée en puissance de la demande en chêne sur les marchés internationaux. Celle-ci se confirme au début du printemps 2022 et ce, dans tous les produits. D’après l’enquête trimestrielle CEEB, les tarifs des plots de belle qualité QBA ont gagné presque 23% en 2021, alors que ceux des avivés QF2 bondissaient de 35% sur la même période d’un an.

Comment expliquer cette progression sans précédent ? C’est assez simple. Le marché n’a jamais été aussi demandeur et l’offre jamais aussi basse. « En 26 ans de présence dans l’entreprise, je n’ai jamais eu autant de facilité à vendre des produits », confie David Chavot, directeur de Margaritelli France. La faim de chêne est telle que les stocks de bois secs sont au plus bas et des scieurs, dans certains assortiments, en sont réduits à vendre désormais des planches à peine ressuyées.

Ce contexte de demande historique en sciages provoque de très fortes tensions aux achats de grumes de chêne. « Les mêmes causes nourrissent les mêmes effets, déplore le scieur Gérald Brochet. Mais la différence avec le passé récent, c’est que maintenant nous sommes passés à la puissance 4 avec les exportateurs qui ont repris la main sur les ventes non labellisées. » La réalité, c’est qu’en forêt, les acheteurs courent après la matière première.

Cette situation de déficit en bois ronds se traduit par des augmentations de prix sans précédent aux premières ventes du printemps 2022. Régis Anglaret, responsable de la commercialisation des feuillus à l’ONF de Bourgogne Franche-Comté, note une poussée peu commune des cours des chênes façonnés : celle-ci atteint +15% depuis fin 2021. Et sur un an, la progression est saisissante (voir tableau ci-dessous). « Depuis mars 2021, la hausse s’élève à au moins 50% ce qui amène les tarifs actuels du chêne bien au-dessus de ceux obtenus lors de l’embellie de 2018. » Aujourd’hui tout se vend, et du chêne tout-venant à moins de 150 €/m3 bord de route est devenu une denrée introuvable.

La question est maintenant de savoir comment peuvent évoluer les marchés du chêne. Sauf cataclysme économique imprévisible et sauf prolongation durable et extension géographique du conflit russo-ukrainien, il est probable que le manque de bois va s’accentuer en Europe.  Les économies US et chinoises tournent à plein régime et les usines n’ont jamais dévoré autant de matière.

Dans le même temps, l’offre diminue en Europe et le conflit russo-ukrainien ne fait qu’exacerber les carences. La Russie et la Biélorussie en résineux (environ 10% de la consommation de sciages en Europe) sont aux abonnés absents. L’Ukraine qui pesait d’un poids non négligeable dans les entrées de bois en Europe, n’exporte pratiquement plus de chêne, la transformation tournant probablement à 30% des capacités du pays.

L’offre des autres producteurs des régions limitrophes s’affiche aussi en baisse, mais pour d’autres raisons. La Roumanie qui a sans doute surexploité sa ressource, se fait très discrète. En Croatie et en Pologne, les pratiques évoluent vers une gestion forestière plus durable. Plus à l’est, les exportations russes de bois ronds transformés en Chine, entre autres par Ikea, sont désormais frappées de l’estampille « bois de guerre » par PEFC et FSC. La vente des produits transformés qui en résultent sera compliquée en Europe. Finalement, le résultat de cette imbrication complexe de facteurs est simple : la pénurie de chêne n’est pas prête de se réduire et les professionnels savent très bien ce que cela signifie.

ENVOLÉE DES COURS DU CHÊNE DANS L’EST

            Prix en euros/m3 de bois façonné bord de route

        Adjudications publiques Bourgogne Franche-Comté    (1)   

Volume

unitaire

1T 2018

1T 2019

1T 2020

1T 2021

1T 2022

Évolution

2018/2022

Évolution

2021/2022

1 m3

157

144

-

143

180

+14,6%

+25,9%

1,5 m3

203

161

159

193

270

+33%

+39,9%

2 m2

233

172

208

229

336

+44,2%

+46,7%

2,5 m3

259

182

246

257

387

+49,4%

+50,6%

(1) uniquement les départements franc-comtois pour 1T 2022, la Côte d’Or ne présentait pas de lots

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