Ecolocost réalise l'impensable

septembre 25, 2019
Source:
Fordaq JT
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Des maisons bois passives, certifiées PassivHaus, il y en a un certain nombre en France. La certification PassivHaus a été attribuée pour la première fois en région parisienne en 2009. Des maisons bois PassivHaus abordables, voire destinées aux primo-accédants, moins. Sur un terrain de 4944 m2, le constructeur-promoteur Ecolocost installe 26 maisons en bandes de petite surface. Conservation de la valeur patrimoniale, charges très réduites : le projet semble bien avoir fait mouche dans le 94, dans une zone qui souffre du trafic routier, aérien et de la pollution. Un sacré pari pour Maxime Brard, le fondateur et patron d'Ecolocost.

Il y a les constructeurs bois qui ont l'opportunité de lotir, les promoteurs qui jouent la carte du bois, et il y a Ecolocost. La petite structure ne fabrique pas, mais en même temps, elle ne délègue pas la construction, elle la sous-traite à son entreprise générale Ecolocost Construction. Son point fort, apparemment vérifié sur cette opération du Domaine d'Adèle, est d'avoir ciblé un besoin du consommateur. Comment le définir ? "Les maisons du Domaine sont dessinées selon le principe du néga mètre carré, on ne construit que ce qui est véritablement utile, autour de 80 m2 habitables en 3 chambres de 95 m2 pour les 4 chambres, c'est la surface courante des pavillons courants désormais", explique Maxime Brard. Mais intelligemment regroupées et isolées, elles consomment très peu d'énergie (DEP -21kwh/m2/an), la structure bois venant à la rescousse pour surisoler sans perdre de l'espace. PassivHaus, c'est aussi la ventilation double flux avec récupération de chaleur, ce qui revient à disposer, sous les avions, d'air filtré en plus d’une surisolation efficace sans entrée d’air face à la pollution sonore.

Ecolocost fait e qui devrait être courant et obligatoire : densifier dans les zones bâties, sans forcer les jeunes couples à attendre l'ascenseur en panne et payer des charges considérables. Construire effectivement comme la France s'était engagée à le faire au plus tard à partir de 2020 dans le neuf. Celui qui montre l'exemple et qui prend tous les risques n'est pas à la tête d'une grosse structure dont le bilan est garanti par la construction d'immeubles en béton jouant au chat et à la souris avec une réglementation thermique déjà complètement dépassée. 

Suspendons le dithyrambe, parenthèse sur les zones d'ombre : Ecolocost s'est fait la main sur une petite poignée de maisons individuelles franciliennes en important des systèmes constructifs allemands, et en étant associé avec l’entreprise polonaise NORDHUS à ses débuts. Ancien de Bouygues Immobilier en Pologne, Maxime Brard connaissait les capacités polonaises à produire des murs bois passifs, en comparaison des capacités françaises. Il a bien conscience que transporter les éléments à partir de la Pologne est une hérésie, mais le projet d'Ecolocost ne s'arrête pas là. Simplement, l'accent a été d'abord mis sur le concept, pas sur les capacités de production. Au passage, ces dernières années, en France, certains ont fait le contraire et se sont lourdement fourvoyés. 

Pour le Domaine d'Adèle, Maxime Brard fait pire. L’entreprise NORDHUS ayant décidé de fermer suite à des erreurs de management et de stratégie sur le marché scandinave, elle a revendu l'outil à Steico, tiens tiens, et malgré son souhait de relocaliser la production en France, il n'a pas eu d'autre solution que de chercher ses éléments auprès d'une microscopique entreprise lettone basée en France. La France ? Des sites de production pas intéressés par la RE2020 ou virtuellement surchargés. Un constructeur rennais venant d'un grand groupe qui devait ouvrir une usine flambant neuve, l'a laissé tomber au dernier moment, l’obligeant à se tourner vers la première offre, fut-elle étrangère, afin d’honorer ses livraisons en temps et en heure, et ce malgré un surcoût de 250 000 €. "Comme quoi la véritable solution se trouvera en local", souligne Maxime Brard, qui bataille pour que les monteurs soient payés correctement, car il sait que la qualité de pose en dépend et que son modèle économique ne peut pas décemment se baser sur un dumping social. De toute façon, tout est difficile : obtenir les autorisations pour cette parcelle, trouver une solution de toiture plate pérenne en bois... On ne livre pas aujourd'hui en France un lotissement passif en bois en appuyant sur un bouton. Même si les maisons se ressemblent. 

La performance exceptionnelle d'Ecolocost sera d'arriver au bout sans jeter l'éponge. Car si on regarde ailleurs en Francilie, la règle est que l'un des maillons trinque dans ce genre de projet, le promoteur, l'industriel, le constructeur, sans parler des propriétaires. Ecolocost vend ses maisons 300 000 euros. Grâce au PTZ, cela revient à payer 1100-1200 euros par mois, "soit la même somme qu'un loyer pour un bien équivalent", précise Maxime Brard, qui a comprimé sa marge de promoteur, ce qui constitue un véritable sacrilège pour la profession, mais met du baume au coeur des autres acteurs de la chaîne qui doivent habituellement rouler sur dix fois moins de marge. 

Maxime Brard voit le bout du tunnel et ne veut pas s'arrêter là. Il cherche à se doter d'un site francilien d'assemblage des éléments, en visant la modularité 3D, afin de s’appuyer sur le savoir-faire et la capacité des usines de fabrication les plus proches, maîtrisant la production robotisée de panneaux simples pour ensuite les équiper avec la menuiserie et l’ITE, avant que le panneau complexe et fini ne soit monté sur le chantier pour faire une maison en 8 heures. Le tout en maîtrisant un contrat pour n’avoir qu’un seul interlocuteur en entreprise générale et garantissant l’ensemble jusqu'au test de la blower door, ce qu'effraie aujourd’hui la quasi-totalité des acteurs qui essaient tous de se décharger de leurs responsabilités car ils ne maîtrisent qu’une partie des lots (fabricant d’ossature, menuisier pour la pose de porte et fenêtre, monteur, couvreur etc..)