2018, l'année EPAMARNE

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Fordaq JT
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Au moment où Nicolas Ferrand quitte la direction d'EPAMARNE, nommé préfigurateur de la Solideo (Société de livraison des ouvrages olympiques), l'aménageur francilien rentre dans le dur de ses ambitions environnementales, comme l'explicite cette interview exclusive de Pierre-Charles Decoster, directeur des opérations EPAMARNE/EPAFRANCE, au sujet de la démarche bois menée par l'établissement.

-Chanteloup-en-Brie devient un peu le laboratoire de la construction bois en région parisienne. Pourquoi ?

Nous avons une bonne relation avec les élus. Une première opération en construction bois avait été initiée en 2009 avant même que ce mode constructif soit au centre de notre stratégie. Il s’agissait d’une résidence de 60 logements BBC pour le compte de l’Immobilière 3F, livrés fin 2012. Le choix du bois émanait d’un concours, avec néanmoins une contrainte de prix fixée par le maître d’ouvrage. Par la suite, en partenariat avec les élus, nous avons mené une action forte en faveur du bois au travers d’un appel à projets lancé auprès de groupement architecte / promoteur et entreprise. A l’époque, nous avions constaté qu’il était difficile de mobiliser les entreprises, la filière n’étant visiblement pas suffisamment structurée en Ile-de-France pour répondre à ce type d’appel à projets. L’idée a donc germée de lancer une pré-série. C’est ainsi qu’est née l’opération des Lodges portée par Bouygues Immobilier. Cette opération a obtenu le label PassivHaus et a été primée en obtenant la pyramide nationale de l’innovation en 2015

-Vous vous êtes engagés à faire construire chaque année la moitié de vos logements en bois, est-ce réaliste ?

Nous constatons que les opérations sont compliquées à sortir compte tenu d’un problème de surcoût difficilement absorbable en logements collectifs de seconde couronne. Sur nos opérations-pilote, nous avons eu parfois du mal à trouver des constructeurs. Notre analyse est que la filière construction bois n’a pas atteint un volume suffisant en France pour qu’elle se structure et puisse répondre. A EPAMARNE, nous ne sommes pas en mesure de remédier seuls à cet état de fait, mais nous espérons, en étant prescripteurs, créer un effet de levier qui stimulera la filière et lui permettra d’affirmer sa compétitivité. De fait, les opérations se multiplient et nous sommes de mieux en mieux entourés. 

-Quelles sont les opérations en bois qui sortent actuellement ? 

Il y a actuellement en cours de travaux une résidence de logements étudiants, qui sera livrée en 2018 par Crédit Agricole Immobilier. Ce programme figure parmi les 15 premiers labelisés BBCA de France. A Chanteloup-en-Brie, 30 logements sont en construction par I3F avec pour architecte Raphaël Gabrion, pour lesquels nous avons mis en œuvre une démarche originale BIM, bois, BEPOS.

Toujours à Chanteloup-en-Brie, l’opération Woodway de 62 logements en accession sociale à la propriété est en bonne voie puisque EPAMARNE et Terralia ont signé le 17 novembre dernier l’acte authentique pour la vente du terrain. L’entreprise Lifteam y intégrera notamment ses dalles O’portune, pour une livraison prévue au 4e trimestre 2019. Cette opération a fait l’objet d’une consultation en conception-réalisation remportée par le groupement Daufresne et Le Garrec, SCOPING, LIFTEAM et CBS à l’issue du concours lancé par EPAMARNE et Terralia.

Nous avons pris le temps nécessaire pour affiner le projet de tour R+11 Treed It à cause de la nécessité de bien intégrer l’architecture bois dans le contexte urbain de la Cité Descartes, avec un projet conçu par l’agence Saison Menu. Désormais, la tour s’intègre dans un complexe immobilier porté par Vinci Construction France, la tour proprement dite étant du ressort d’Arbonis. Le permis de construire est en cours d’instruction et nous avons bon espoir que la construction démarre en 2018.

L’été dernier, nous avons également lancé avec Elithis l’opération Bois XXII. Elithis mène à bien des projets de tours avec objectif de facture énergie zéro euro. A présent, il s’agit de viser le même objectif avec une tour à forte proportion de bois, y compris en structure. Le nom du projet dérive de l’idée de prendre en compte une durée de vie du bâtiment d’un siècle, ce qui nous amène à anticiper l’évolution climatique. C’est l’agence Baumschlager Eberle qui a séduit par son approche « soft-tech » misant sur un bâtiment performant, mais sans être pour autant une « usine à gaz ». Le nombre d’étages n’est pas encore définitivement fixé, sachant que le PLU permet de monter à 60 m. Il doit s’agir d’un bâtiment totem, d’un signal. S’ajoute notamment des opérations à Torcy avec I3F, REI et Pitch Promotion, dont les constructions doivent démarrer en 2018.

-EPAMARNE est-il un inconditionnel de la structure bois, ou bien laisse-t-il aussi la possibilité de construire en mixte avec du bois ?

Il y a du béton dans les Lodges… du béton de chanvre. En 2012, la première opération bois de Montévrain associait une structure béton à une façade en bois. Nous nous fixons l’objectif de faire construire chaque année 50% des logements en bois, la visée est de réaliser des logements en structure bois. Mais par ailleurs, notre démarche s’inscrit dans une recherche de solution bio-sourcées. C’est pourquoi nous travaillons à la mise en place d’une filière courte de miscanthus, permettant de réaliser des blocs béton. Cette démarche est en cours d’Atex A au CSTB depuis plus d’un an. Le CSTB est très vigilant et les essais de comportement au fluage durent longtemps par nécessité.

D’autres opérations intègrent une mixité bois-béton. L’idée n’est pas d’être dogmatique sur le sujet, mais d’avoir une démarche pragmatique.

 -Qu’un aménageur de taille comme EPAMARNE développe une politique volontariste en faveur des matériaux bois et bio-sourcés, au point de viser 50% de construction bois par an, cela est-il salué et soutenu par la filière construction bois sous une forme ou une autre ? 

Nous sommes membres d’AdivBois et de BBCA et notre démarche suscite un intérêt croissant. Dès 2018, l’impact de notre action deviendra bien visible et nous espérons qu’il s’inscrira dans une dynamique plus vaste, et que la filière bois saura relever ce défi.

 

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