3e Assises du Douglas à Bordeaux : du pin béni

octobre 01, 2018
Source:
Fordaq JT
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Organisées sur trois journées pleines au coeur de Bordeaux, la troisième édition des Assises du Douglas joue avec bonheur la carte de l'échange de connaissances, au risque de faire émerger des aspects troublants, mais avec l'avantage indéniable de bâtir un propos passionnant, au point que l'on ne veut pas attendre encore 6 ans pour une quatrième édition. D'autant que "l'essence-phare des JO24" est devenu le porte-étendard de la filière française du bois, et le parangon des difficultés que rencontre toute cette filière. 

Que restera-t-il des millions consacrés par la filière bois à la campagne de communication "Pour moi, c'est le bois" lancée l'an dernier ? La vague de "La vie secrète des arbres" venait à peine de refluer, et voici qu'elle est relayée par "Le temps des forêts" qui une nouvelle fois met tout le monde d'accord chez les urbains sur un sujet qu'ils ne connaissent pas. Que des médias professionnels proches de la filière défendent un autre avis ne compte pas et ne pèse pas. Et les Assises du Douglas ? 300 participants, 3 journées pleines de visites, restitutions d'études, échanges, dans une atmosphère conviviale, un événement qui a lieu en principe seulement tous les 6 ans. Dans six ans, ce seront les JO24 et on espère que ce seront les JO du Douglas, parce que c'est l'essence française par excellence pour la construction d'ouvrages olympiques qui se doivent d'être bas carbone, voire neutres en carbone. Le douglas pousse dans le Morvan et le Perche, il suffirait presque de mettre les sciages sur des péniches et de les déposer sur les rives de l'Ile St Denis pour construire le Village Olympique. Donc à côté du projet participatif de l'Arche en l'Ile, tout juste livré, qui a fait émerger et prendre conscience d'une demande citoyenne de Douglas parce que essence locale. 

Aux Assises, France Bois Forêt représenté par son nouveau président Michel Druilhe a annoncé un communiqué de prise de position de la filière par rapport à ce documentaire, ce qui pourrait aussi contribuer à lui faire encore plus de publicité et de fait, aucun communiqué n'est paru depuis. Bizarrement, la forêt des Landes ne semble pas faire autant tiquer le citadin que la monoculture de Douglas dans le Morvan. On y arrache les plants de Douglas de temps en temps, mais on n'entend moins parler de l'arrachage de plants de pin maritime. En France, à la différence de l'Allemagne où le label FSC est plus présent, le Douglas n'est pas combattu comme une espèce invasive. Ce qu'on lui reproche, c'est plutôt la monoculture, parfois à la place des forêts de feuillus, souvent aussi simplement en reboisement FFN sur des jachères. Toutefois, les zones où le Douglas pousse ainsi un peu comme le pin maritime, sont relativement rares et diffuses. Comme l'indique les statistiques, il existe même aujourd'hui un risque de pénurie future car on ne replante pas assez de douglas en France. D'où ce paradoxe que les volumes sciés vont continuer à grimper, arrivant aujourd'hui à la barre du million de m3 par an, tandis que la replantation constitue un problème à facettes multiples. 

Premièrement, sur le modèle des déboires rencontrés par le pin maritime après la guerre, les semences sont étroitement contrôlées et monopolisées par quelques vergers à graines dont certains produisent mieux que d'autres. Pour la petite histoire, il y a bien eu dans un passé récent une tentative d'anticipation du choc climatique, par la mise sur le marché de la variété Californie. Mais il se trouve que les hivers ont été parfois rudes ces dernières années, réchauffement ou pas, et que des jeunes douglas de la variété Californie ont fendu au grand dam de leurs propriétaires a priori prévoyants. Pour faire simple, actuellement, les semences les plus disponibles correspondent à la variété Luzette, qui n'est pas une Ferrari, mais qui se trouve présenter un ensemble de propriétés assez stable et solide. 

La régénération naturelle du douglas existe, mais les Assises ont surtout insisté sur la plantation, et là, on constate que si la replantation d'un hectare de pin maritime en forêt des Landes revient à 1000 euros, c'est quatre fois plus pour le douglas, à cause de multiples facteurs : le douglas est plus délicat à faire pousser en plant, par exemple, et pour ce qui est de la plantation, pas d'automatisation pour l'instant, à la différence de ce pin maritime qui est la référence récurrente, ne serait-ce qu'à cause du lieu de ces 3e Assises. Les comparaisons sont d'ailleurs éloquentes : le pin maritime couvre une surface double des 400 000 ha du douglas. Mais la courbe d'âge est plus jeune dans les Landes. Normal, à cause des tempêtes, des tempêtes auxquelles le douglas a mieux résisté pour l'instant. Vu du pin maritime, la sylviculture du douglas est sous-industrialisée, mais pour d'autres observateurs environnementaux, la monoculture issue du FFN est déjà insupportable comme telle. 

C'est un des bons points marqués par France Douglas que d'être parvenu à dédramatiser les recommandations présentées lors de l'AG au printemps. Quelle est, globalement, la situation actuelle ? Le douglas a tendance à pousser au-delà des diamètres canter, et en 2015, la filière s'alarmait de problèmes de qualité, notamment avec des arbres insuffisamment ou pas élagués, de croissance trop rapide. Pas facile avec tout cela de développer une filière de production de sciage qui tienne la route. Ce qui ne veut pas dire que les scieurs de douglas vont mal. Ce qui est compliqué, c'est d'intégrer le douglas à une production de sciages standardisés type épicéa, et surtout d'y être compétitif, notamment en matière de bois d'ingénierie. Accompagnés par FCBA, les scieurs français comme PiveteauBois, en pointe sur le développement de gammes de bois d'ingénierie en douglas, ont poussé les propriétaires à évoluer vers une sylviculture de production que reflètent les recommandations, qui ne sont toujours, comme le précise France Douglas, que des recommandations. Tout le monde n'est pas d'accord mais à Bordeaux, la polémique n'a pas enflé. La question conflictuelle a finalement été abordée de façon médiane et équitable. D'une part, les scieurs ont pu faire valoir leur point de vue, d'ailleurs avec beaucoup d'éloquence et de verve. Ensuite, ce fut le tour de M. Defays, qui prit avec humour et aisance un peu le contrepied des scieurs français, en insistant sur les possibilités de valorisation des douglas de diamètre conséquent.

Deux écoles d'affrontent apparemment sans trop d'acrimonie, sans qu'on arrive bien à compter les points. D'un côté, on entend que sur le million de m3, une partie considérable est exportée vers la Belgique. M. Defays insite sur les possibilités de valorisation du douglas en menuiserie, et les essais de FCBA avec des carrelets en douglas viennent d'une certaine manière le conforter. Mais quels sont les volumes respectifs et prospectifs de ces marchés ? En reprenant la scierie Farges au coeur du massif de douglas de la Corrèze, PiveteauBois a fait un pari de plus, celui de l'industrialisation de la filière, accompagné par certains autres grands scieurs comme Moulinvest. D'autres ont suivi, comme Fruytier ou Ducret, et l'offre en BLC de douglas s'étoffe notamment avec UFV Bois. Mais le match France-Belgique n'est pas encore gagné et derrière la Belgique, il faut se le dire, il y a aussi potentiellement l'export vers la Chine, laChine qui est pour le moins familiarisée avec le douglas, et quel douglas, par le Canada en passe de rester un peu tout seul comme exportateur nord-américain suite à la guerre commerciale.

De flux commerciaux il n'a pas été question à Bordeaux, du moins le focus n'était pas mis là. D'aucuns regrettaient la relativement faible présence de l'aval, compensé par les efforts exceptionnels de france douglas en matière d'image, et la journée prescription couplée avec la journée de visites. La situation actuelle fait que le douglas est utilisé pour des réalisations architecturales-phares en France, mais cette essence est peu utilisée par les lamellistes, sauf Cosylva. Les distributeurs spécialisés se font tirer l'oreille pour stocker des sciages de douglas en plus de sciages d'épicéa/sapin, d'autant que la filière douglas peine encore à s'accorder sur une gamme fixe en formats et qualités. Ceci dans un contexte de multiplication de marques régionales, le douglas devenant de fait une marque régionale du Massif Central. Et c'est aussi une parade contre les marques régionales d'épicéa, une variante de bois local à la française, comme cela a été rappelé, car il est possible de prescrire l'essence douglas et de s'assurer dans ce cas que le bois utilisé sera en principe français. 

L'entente cordiale franco-belge augure d'une bonne émulation à l'avenir, il y aurait de quoi rebaptiser France Douglas en France Belgique Douglas car c'est le marché cohérent passé et actuel de cette essence. Et comme les volumes de sciage grimpent inexorablement, du moins pendant les quinze prochaines années, il y a de la place pour tout le monde. Pas sûr que les Belges soient vraiment capables de valoriser convenablement des grumes hors canter, pas sûr que les scieurs industriels français ne soient pas en mesure de rétribuer correctement des forestiers qui pousseraient la charrue dans le même sens. Le jeu est ouvert et la ligne de front est plutôt située dans l'acceptabilité de la syliculture du douglas, comme le rappelle le documentaire qui vient de sortir. Raison de plus pour que les Belges et les Français se disent : douglas, même combat ! 

Sans préjuger de l'impact médiatique des initiatives répétées contre la sylviculture, les Assises ont mis en avant, pour ceux qui veulent bien entendre, une essence convenablement résistante aux attaques d'insectes (quid de l'hylobe après interdiction des néonicotinoïdes ? demande-t-on avec insistance chez Monnet-Sève) et aux maladies, adaptés aux tempêtes, permettant à la France de disposer d'un appréciable volume sur pied de bois d'oeuvre de construction, de vraies usines de stockage de carbone, avec un potentiel d'utilisation en menuiserie, voire ameublement. Une essence qui résiste bien aux intempéries, qui a ouvert la voie à une architecture bois prestigieuse comme celle de Quirot et Gaujard pour le dispensaire de Vézelay, Equerre d'argent, ou cette gare de Lorient présentée aux Assises et mise en exergue avec talent sur les documentations relatives aux Assises. Jean-Luc Sandoz, un enfant terrible de la filière bois qui ne jureait naguère que par le rapport poids-performance de l'épicéa, trouve désormais dans le Douglas l'essence qui va permettre, à l'image du label sociétal BIOM, de faire mieux le lien entre la construction bois. Surtout, France Douglas séduit par le bon esprit qui règne, ce qui n'est pas une évidence vu la transversalité. A moins que, justement, la transversalité ne crée justement ce bonne esprit qui manque à la filière bois en général.