Des coopératives forestières mieux intégrées et plus concentrées

février 04, 2026
Source:
RobertWood/Fordaq
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Des coopératives forestières mieux intégrées et plus concentrées  
 En Finlande, la coopérative forestière Metsä consomme 35 millions de m3/an de bois.  

Faut-il une taille critique et intégrer ses activités pour réussir ? Dans la filière bois, beaucoup d’acteurs ont répondu par l’affirmative à cette question. Y compris dans la branche de la coopération forestière où la concentration des opérateurs et l’intégration amont-aval ont considérablement modifié le paysage hexagonal de la forêt privée depuis une vingtaine d’années.

La concentration des opérateurs ne date pas d’hier. Le phénomène remonte à la fin des Trente Glorieuses et à l’apparition de nouvelles règles du jeu : celles encadrant le marché libre consubstantiel à la globalisation des échanges. La nécessité de limiter les coûts d’approche et de transformation, de se battre pour conquérir de nouveaux marchés – ou de les conserver –, de rechercher les économies d’échelle a imposé des alliances par fusions-acquisitions plus ou moins amicales.

La concentration des coopératives forestières ne date pas d’hier. L’impulsion a été donnée en Europe du Nord avant la 2ème guerre mondiale : en 1938, un groupe de propriétaires forestiers suédois créait Södra dans le sud du pays. Aujourd’hui, Sodrä compte 53 000 coopérateurs possédant 2,2 millions d’hectares de forêts. Cette entité est devenue un groupe d’envergure internationale intégrant de la pépinière aux bois d’ingénierie pour la construction. Sodrä opère 12 sites industriels produisant sciages, pâtes à papier, CLT, bois d’imprégnation, bio-méthanol, pellets… L’ensemble emploie 3 200 salariés et réalise un chiffre d’affaires de 2,7 milliards d’euros (2024).

Metsä, son voisin finlandais, est encore plus impressionnant : 10 000 salariés, 5,75 milliards d’euros de CA en 2024. Quelque 90 000 propriétaires-coopérateurs possèdent 5,5 millions d’hectares de forêts ce qui représente la moitié de la superficie des forêts privées de Finlande. Pour approvisionner ses multiples usines, Metsä consomme 35 millions de m3 de bois par an, soit quasiment l’équivalent de la récolte française. Ces mastodontes pratiquent l’intégration verticale – de la forêt aux produits finis –, mais également l’intégration horizontale – plusieurs unités complémentaires coopérant sur un seul site industriel : 1ère et 2ème transformation des bois, pâtes et panneaux, bioénergie, biochimie…

On s’en doute, ces modèles ne sont pas transposables à l’identique en France. Ni la structure du foncier forestier, ni la composition de nos forêts ne sont comparables à celles de la Scandinavie. Toutefois, les coopératives forestières françaises se sont progressivement concentrées par fusion-acquisition d’entités similaires et proches géographiquement. Alors que dans les années 1990, une cinquantaine de coopératives couvrait l’ensemble de l’Hexagone, aujourd’hui, il n’en reste qu’une douzaine. Mais si leur nombre a considérablement baissé, leur capacité opérationnelle a beaucoup augmenté (voir tableau ci-dessous).

En quantité de bois, les structures de regroupement de l’offre (coopératives et experts confondus) pèsent pour un tiers des volumes récoltés en forêt privée. Environ 7,2 millions m3 sont mobilisés par les coopératives et 2,6 millions m3 par les experts forestiers. Cela signifie aussi que la commercialisation en direct, sur pied et en bloc – et par l’intermédiaire des exploitants forestiers et autres négociants –, demeure encore le mode de vente préféré des propriétaires forestiers privés français.

Alliance Forêt Bois (CA 215 millions d’euros, 43 000 propriétaires adhérents) est l’archétype des coopératives qui ont grossi. Après l’acquisition de Coforouest en 2018 – la 18ème coopérative absorbée par le groupe –, Alliance Forêt Bois étend désormais son territoire sur une grande moitié ouest du pays, de la Normandie au Roussillon. Près de 85 % du CA provient de l’exploitation et de la commercialisation d’un volume annuel de bois atteignant 3 millions de m3.

Ces mouvements de concentration et d’intégration se poursuivent. Ainsi, en 2024, Forêt et Bois de l’Est, une importante coopérative de l’est, a fusionné avec Nord Seine Forêt 2A et Cosylval pour former Forêt d’ici. Des côtes normandes aux frontières allemandes, en passant par les régions Grand Est et Bourgogne Franche-Comté, la nouvelle entité recense près de 14 000 adhérents sur 35 départements. Filiales comprises, elle emploie 250 salariés pour un CA de 84 millions d’euros.

Forêt d’ici entend s’intégrer à la fois sur l’aval et sur l’amont de son métier de gestionnaire sylvicole. « Par l’intermédiaire de Sofomer et de nos filiales Sylvo, nous avons conclu des partenariats avec d’autres coopératives pour des activités de récolte de bois, de commercialisation de peupliers, de plaquettes forestières et de services de crédits carbone et biodiversité. »

Président de Forêt d’ici, Pierre-Olivier Drège explique pourquoi la nouvelle coopérative s’est aussi rapprochée de l’aval de la filière. « En France, nous sommes confrontés à un paradoxe : une croissance vigoureuse de la demande en bois, l’existence d’un massif forestier parmi les plus importants d’Europe mais sous exploité, et la disparition inquiétante et rapide de nombreuses scieries, en particulier en feuillus avec pour conséquence un déficit de notre balance commerciale de 11 M €, soit le 2ème poste après le pétrole. »

Ce contexte a conduit Forêt d’ici à vouloir consolider le réseau indispensable de scieries régionales. « D’où l’achat des scieries haut-saônoises Genet en 2016 et Capibois en 2022 et, en décembre 2025, de Petit dans l’Oise, une unité opérant principalement dans le hêtre mais avec un développement souhaité en chêne. » Pierre-Olivier Drège indique que l’objectif de la coopérative est de renforcer et de privilégier les débouchés locaux et régionaux de ses adhérents mais sans s’interdire l’éventail des marchés nationaux, européens et internationaux.

La direction de Forêt d’Ici n’oublie pas de souligner que les bois de ses adhérents ne représentent qu’une part minoritaire des besoins des 3 scieries. Ces dernières gardent en effet la capacité de s’approvisionner majoritairement en dehors de la coopérative auprès de fournisseurs habituels, en particulier auprès de l’ONF, dans un souci de valorisation de leur production.

Robert Wood


LA COOPÉRATION FORESTIÈRE EN CHIFFRES

Indicateur Valeur
Nombre de coopératives 12
Nombre d’agences / bureaux 94
Nombre de propriétaires associés coopérateurs 120 000
Surface forestière en gestion 2 200 000 ha
Chiffre d’affaires total 2024 543 000 000 €
Effectifs salariés directs 1 500
Emplois indirects 5 000
Entreprises employées en sous-traitance 3 000
Volumes annuels de bois mobilisés 7 200 000 m3
Dont ventes en contrat d’approvisionnement 70 %
Nombre de chantiers forestiers / an 38 400
Surface annuelle reboisée 20 000 ha

Source : UCFF


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