Demande satisfaisante en petits bois mais à prix tendus

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Fordaq
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Où va le marché du bois d’industrie en France ?

 

Pas facile de s‘y retrouver dans la branche des petits bois destinés aux industries des pâtes et des panneaux. Entre une tendance structurelle lourde caractérisée par moins d’usines transformatrices en France -induisant moins de demandes-, l’afflux des bois scolytés, la reconstitution technique des stocks et une activité dynamique dans l’emballage, l’analyse de la conjoncture demande beaucoup de prudence.

Il existe un fait indiscutable : celui de la réduction régulière des implantations industrielles transformant des pâtes et des panneaux dans l’Hexagone. « En près d’une quarantaine d’années d’exercice, j’ai vu une douzaine d’usines, clientes de notre coopérative, fabriquant des pâtes papier et des panneaux de process disparaître du territoire ou ne prenant plus de bois de forêt. » Lionel Say, directeur de CFBL, estime que cela représente au minimum 8 millions m3 perdus en rythme annuel.

Depuis l’émergence des dragons asiatiques et de la demande sino-indienne (en agrégé 35% de la population mondiale), le secteur papetier connaît un développement exponentiel. Aujourd’hui, le ticket d’entrée pour construire une usine fabriquant 1 million de tonnes de pâte/an se monnaie au minimum 1 milliard de $. Un des derniers exemples en date provient d’Afrique où, au Ghana, le Suédois GDR va investir 3 milliards $ dans un gigantesque projet intégré. Il s’agit, après avoir planté 210 000 ha d’essences à croissance TGV, de fournir au pays 150 MW d’électricité et de produire 1,5 million tonnes/an de pâte, soit quasiment l’équivalent de l’ensemble de la production française sur un seul site (1).

Ces quelques chiffres permettent de bien comprendre le fossé existant désormais entre la compétitivité d’une entreprise opérant en France au prise avec celles du nouveau monde. Vitesse de croissance, proximité et disponibilité des essences, coûts d’approche et de fabrication, prix des énergies, fluctuations monétaires, fiscalité, subventions, normes environnementales et sociales, conditions de valorisation des résidus… Les entreprises opérant en France ne jouent pas dans la même cour que celles qui profitent –comme au Brésil- de salaire minimum à 250 €/mois et d’eucalyptus produisant 30 à 50 m3/ha/an autorisant à passer en coupe finale tous les 6 ans.

En conséquence de la désertion de ces industries en France, notre production nationale de pâtes et de panneaux ne fait que régresser : -40% pour les pâtes et près de -20% pour les panneaux depuis 2005 (source Copacel-FCBA). S’ensuit une chute concomitante des approvisionnements en BI donc des récoltes : sur les douze dernières années, la mobilisation de BI dans l’Hexagone est passée de 12,2 millions m3 à 9,6 millions m3, soit une régression de 21% en volume. 

Ce contexte structurel défavorable est aggravé par deux éléments déstabilisants. Il s’agit d’une part d’un afflux de bois secs provoqué par la crise des scolytes et par des dépérissements touchant d’autres essences (sapin, frêne, hêtre…). « Dans le Grand Est, les prix du BI sapin-épicéa livré en usine à pâte a chuté de 30% en 3 ans. Des lots de bois vert payés 15 €/st sur pied en 2018 valent désormais à peine 2 ou 3 €/st », affirme Hervé Peseux, exploitant forestier en Franche-Comté (voir aussi tableaux 1 et 2).

La même chute tarifaire frappe aussi les résineux de trituration destinés aux panneaux. Quant aux BI feuillus rendus en usine à panneaux de particules, leurs tarifs ont reculé de 10% sur la même période, pour des prix d’achat actuels symboliques en forêt (2 €/st sur pied).

L’autre sujet assombrissant encore ce décor peu réjouissant tient à la situation inquiétante de l’usine de pâte Fibre Excellence à Tarascon (Bouches-du-Rhône). Après son dépôt de bilan début octobre 2020, l’entreprise est toujours en redressement judiciaire. Son principal actionnaire, Paper Excellence Canada, a fait une offre de reprise agrémentée de conditions laissant planer une incertitude sur la décision que prendra le tribunal de commerce de Toulouse le 23 mars prochain. « Les fournisseurs de l’usine avaient déjà subi une chute de prix de 15% en 2020. Aujourd’hui, dans l’attente de la décision administrative, ils pensent surtout à écouler leurs stocks plutôt que d’acheter du bois vert », commente Nathalie Triboulet, la nouvelle présidente du syndicat FNB Provence Alpes.

Cependant, quelques changements intéressants méritent d’être mentionnés. C’est le cas dans le Centre et en Bourgogne où l’exploitant forestier Denis D’Herbomez signale une reprise de la demande en BI depuis l’automne, notamment pour les assortiments dirigés sur les panneaux. « Mais les prix demeurent très bas, soit en moyenne 8-10 €/T sur pied dans du perchis de hêtre, et de 1 à 6 €/T sur pied pour des résineux scolytés », confie ce professionnel, vice-président de la FNB et dont l’entreprise mobilise quelque 150 000 tonnes de  bois par an.

En Nouvelle Aquitaine, Patrice Schocké, directeur commercial bois d’Alliance Forêt Bois, juge la situation du BI relativement satisfaisante. « Nous profitons d’un tissu industriel actif, notamment en usines de pâtes avec une demande actuelle forte en volume, y compris à l’usine International Paper de Saillat qui fabrique pourtant du papier d’impression, produit déclinant ces dernières années. » 

Au niveau mondial, quelques lueurs d’espoir sont apparues dernièrement. Dans le secteur des panneaux, les prix s’envolent aux USA : les cours de l’OSB ont été multipliés par 3,6 en 12 mois, ceux des contreplaqués  par 2,5 en 18 mois. Quant à la pâte à papier de référence, ses tarifs ont pris 15% de mieux rien que sur le dernier trimestre (voir tableau 3). Difficile de dire si ces évolutions sont de nature à modifier la donne sur le territoire hexagonal. La réalité du moment, c’est que le marché des petits bois y reste structurellement tendu.

(1) la production française de pâte à papier était de 1,6 million de tonnes en 2019 contre 2,56 millions tonnes en 2005

Tableau 1 :

CHUTE RÉGULIÈRE DES PRIX DES BOIS DE TRITURATION

      Indices tarifaires des produits rendus à port de camion

              D’après Agreste Conjoncture décembre 2020     

Produits

4T 2014

4T 2019

4T2020

Évolution en %

   2019/2020

Évolution en %

   2014/2020

Pins

154

155

147

-5,2

-4,5

Sapin-épicéa

135

132

112

-15

-17

Feuillus

122

112

112

 0

-8,2

Bois énergie

rondins

128

105

103

-18

-19,5

 

Tableau 2 :

BAISSE DES PRIX DES BOIS DE TRITURATION

Indices des prix des bois façonnés bord de route

Résineux rouges

12/2014

12/2019

10/2020

Évolution 2019/2020

Évolution 2014/2020 

Résineux blancs

 154  155  147  -5.2%  -4.5%

Feuillus

 135  132  112  -15%  -17%

Bois énergie en rondins

 122  112  112  stable  -8.2%
   128  105  103  -18%  -19.5%
           

Source : Agreste Conjoncture décembre 2020

 

Tableau 3 :

LES COURS DE LA PÂTE REPARTENT À LA HAUSSE

          Prix et indices de la pâte à papier NBSK

        Robert Wood pour Fordaq

  

Périodes

D’après Norexo

Prix en US €/T

D’après US Labor Bureau

Indice 100 en 2010

11/2018

1230

155

06/2019

1050

130

06/2020

858

101,3

10/2020

840

97

01/2021

875

99,7

02/2021

953

-

Rq : sur le dernier trimestre, le prix de la pâte de référence a bondi de pratiquement 15%

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