Centrale de Cordemais : un exutoire pour le bois Classe B ?

janvier 11, 2019
Source:
Fordaq JT
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Selon Le Monde, la plus grande centrale à charbon de France pourrait ne pas fermer en 2022, EDF mettant en avant son projet Ecocombust. Bien des questions semblent encore en suspens, mais l'échéance d'un arrêt faisait planer une menace sur l'emploi, tandis que la perspective d'une poursuite avec poursuite partielle de la production d'électricité à partir de charbon donne un peu plus d'air aux acteurs du projet Ecocombust, dont le projet n'est pas encore opérationnel.

Gardanne, c'est 745 MW dont 150 MW pour l'unité 4 remplacée par une unité biomasse avec toutes les polémiques que l'on sait. Comme le gouvernement a décidé de fermer toutes les centrales à charbon d'ici 2022, Uniper a cédé celle de Gardanne au Tchèque EPH à la fin de l'année 2018. Peut-être un peu vite, vu le tour que prend désormais cet objectif gouvernemental. Rappelons que l'Allemagne veut fermer ses centrales à charbon dans un avenir proche, ce qui représente un effort considérable. Mais que la Pologne, hôte de la COP24 en 2018, mise toujours sur le charbon, sans parler des USA de la mandature Trump. A Cordemais, deux unités au fioul ont été fermées déjà mais plus de 300 emplois sont en jeu. D'où le lancement du projet Ecocombust qui semble prendre forme, du moins pour ce qui concerne sa partie végétale. L'idée, dans cette région peu boisée, est de récupérer des résidus végétaux, de les densifier et de les brûler. A 50/50 d'abord avec le charbon, puis à 80/20. Suivez le regard. On en est apparemment à l'étape de la mise en service d'un prototype de densification industrielle, tant ce procédé est peu usuel, qui plus est pour de tels volumes. Il est entendu que la densification ne permettra pas de remplacer le charbon à elle seule, ne serait-ce qu'à cause de la nécessité d'une co-combustion. La piste de la combustion additionnelle de bois de Classe B est donc avancée, sachant que, du moins en 2016 selon Les Echos, le stock national déborde à 600 000 tonnes par an. Pourquoi ? Les fabricants de panneau français incorporent peu de bois de Classe B, pas exemple. Par ailleurs, le MDF n'est pas recyclable en panneaux. Et les centrales qui utilisent du bois B doivent être dotées de filtres spéciaux, à moins que ce bois ne soit employé dans les cimenteries où la chaleur produite est si élevée que le risque sanitaire est supprimé. 

Apparemment, les cimenteries françaises ne manquent pas de bois B. Chez EDF, une étude des gisements de résidus verts et aussi de bois B était programmée pour l'année écoulée, sans qu'on sache si ses résultats ont un lien de cause à effet avec l'annonce d'aujourd'hui quant au prolongement éventuel de la combustion de charbon à la centrale de Cordemais, pour une faible part et dans la perspective d'un abandon complet. 

Le bon côté des choses, c'est que Cordemais est en bordure de Loire à l'extrême aval, ce qui veut dire que l'acheminement fluvial de bois B est envisageable et plutôt encourageant sur le plan environnemental. Si ce n'est que le bois Classe B ou non est un matériau plutôt léger, moins idéal à transporter par voie fluviale que du sable ou des granulats. Reste la question des volumes ! Il est fort possible que la centrale réduise sa puissance d'actuellement 1200 MW, au risque de remettre en cause des emplois. Admettons que l'on descende à 600 MW, en gros Gardanne. Si le charbon compte pour 20%, cela ferait arithmétiquement près de 500 MW de végétaux densifiés plus de bois Classe B. Cela ne servira pas à grand chose d'utiliser la Classe B en appoint compte tenu des investissements spécifiques induits pour les filtres. Donc, on peut raisonnablement penser que si la centrale de Cordemais utilisera du bois B, ce sera de façon conséquente. 

Ainsi, on voit bien que le souci de préservation d'emplois bien syndiqués entraîne tout de même des initiatives qui impactent grandement la filière bois, y compris de façon positive. Car l'analyse de cycle de vie du bois ne sort pas grandie d'une réalité française où il arrive que le bois B soit mis en décharge à cause de volumes trop importants, quand ces volumes n'en arrivent pas à partir malencontreusement en fumée comme cela s'est produit déjà ces dernières années... mais en plein air pour le coup. 

La fin du charbon pourrait représenter une opportunité pour la filière bois au sens large. A condition que quelqu'un s'intéresse seulement au bois B. Pour l'heure, ce sont les éco-organismes de la filière ameublement comme Eco-Mobilier et Valdelia. La filière de production dans son ensemble en semble pas particulièrement intéressée. Elle pourrait essayer d'adapter ses pratiques de traitement et de surfaçage, ses colles, vernis, développer la récupération et la faire valoir. Il y a bien eu ces dernières années des efforts accomplis autour du statut de déchet, mais pas au point d'ouvrir la voie au réemploi. Par exemple, Bellastock ne peut pas fournir des fenêtres bois de récupération pour un ouvrage comme l'Arche-en-l'Ile, et le cas de l'utilisation de portes palières en chêne massif par Encore Heureux pour le Pavillon Circulaire du Parvis de l'Hôtel de ville de Paris, au moment de la COP21, reste exceptionnel. C'est dommage mais dans ce cas, il ne reste guère que deux solutions. Celle du cascading qui implique l'exportation de gros volumes, en espérant que le bilan écologique de ces mouvements de déchets ne soit pas trop élevé. Ou la combustion appropriée. 

Ce qui est étonnant, c'est qu'EDF ne semble même pas prendre en compte la possibilité d'une alimentation de la centrale avec des pellets comme à Gardanne ou en Grande-Bretagne. Pourtant, la centrale semble bien exposée sur la façade atlantique. 

L'arrêt des centrales à charbon n'est pas seulement un enjeu politique ou environnemental, ou social quant à la préservation ou non d'emploi. C'est un enjeu industriel. Il se pourrait aussi que l'arrêt du charbon puisse être correctement compensé par l'éolien et la cogénération notamment de faible puissance bien émaillée, chez des transformateurs petits ou moyens, comme cela a été déjà tenté en vain il y a quelques années. Mais on dirait que la filière bois ne dispose même pas d'un strapontin autour de la table où l'on définit la politique énergétique de la France.