Bois PE change de braquet

octobre 09, 2018
Source:
Fordaq JT
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Cluster français du bois malgré elle, la ville d'Egletons en Corrèze abrite avec Farges un fleuron de la scierie française (PiveteauBois), une ribambelle d'autres activités liées au gisement de Douglas du plateau de Millevaches, et ce centre de formation, Bois PE, unique en Europe, mieux positionné que jamais pour permettre à la filière française de la construction bois de relever les défis de la neutralité carbone.

Le centre de formation Bois PE a été créé il y a quelques années à l'initiative de Christian Fanguin, le chantre et acteur clé de la construction bois artisanale en France. Le projet a su débloquer une importante aide européenne, et aussi l'appui de dizaines d'acteurs industriels de la filière. L'idée centrale était de créer un lieu de formation adapté pour mettre à niveau rapidement les corps d'état complémentaire intervenant sur une construction bois, afin d'éviter des désordres qui, dans le cas du bois, peuvent s'évérer fatals. Par exemple, comment traiter une salle d'eau quand on est carreleur ? La question est de haute actualité, comme l'a souligné l'architecte Stéphane Cochet au Forum Bois Construction de Dijon 2018 dans l'une de ses interventions punchy, documentées et décapantes. Même urgence de bonne intervention en neuf pour l'étanchéité de toiture, et la liste des corps d'état impactés par l'environnement inhabituel du bois est longue.

Ce centre prenait tout son sens dans le cadre d'une stratégie globale de sortie de niche, qui semblait plausible et qui était attendue par les pouvoirs publics dans la foulée du Grenelle. La crise du Bâtiment est passée par là, ça ne s'est pas produit, au contraire. Au point qu'on se prend à douter de l'avenir de la construction bois en France, alors même que les grands acteurs comme Mathis sont beaucoup plus optimiste au regard des opérations considérables sur lesquelles ils travaillent à présent pour des échéances parfois courtes. Bref, ce n'est pas parce que la construction bois n'a pas progressé comme on l'espérait qu'elle ne reste pas la clé de la neutralité carbone, à la fois par sa capacité de séquestration du carbone, et par la contribution massive de séquestration de carbone de forêts exploitées correctement. Donc, la question du savoir-faire de l'intervention des corps d'état complémentaires se pose avec la même acuité, mais des perspectives de sortie de niche qui semblent plus réelles que jamais. D'autant qu'après la crise, il faut reconstruire, reformer. Et que le marché évolue vers l'intégration verticale, à tous les niveaux, qu'il s'agisse de conception-réalisation, d'auto-promotion, de macro-lots ou de régie en entreprise générale. Les artisans risquent d'être les laissés pour compte, mais il faut savoir aussi utiliser des structures comme Bois PE. Si on prend l'exemple du carreleur, jusqu'à présent, celui-ci a largement boudé les offres de formation courte, tout simplement parce que l'éventualité de travailler sur des ouvrages en construction bois reste trop faible. Mais la massification est en marche et de nouvelles formules de travail collaboratif se développent.

Bois PE est aussi depuis le début un outil de recherche sur la performance énergétique, qui mesure notamment au réel le comportement énergétique de trois maisons témoin identiques, qui se distinguent seulement par leur performance théorique, RT2012, passif, BEPOS. Si l'on ajoute à cela l'expérience professionnelle de l'équipe, sa curiosité permanente, l'exploitation systématique du chantier de construction original en termes de données et d'images, BOIS PE est assis sur un trésor qu'il est en train de diffuser à un large public par des publications qui ont toutes remporté un grand succès et fondé la réputation de BOIS PE auprès notamment des formateurs bois français. Sur la toiture-terrasse, le plancher bois ou plus généralement la construction à ossature bois, les trois ouvrages dédiés de Bois PE sont la référence française, à la fois à destination des applicateurs grâce à une iconographie extrêmement pédagogique, et à destinations des sachants par leur capacité à faire le point également sur les zones d'ombre. Dans le pipe line, la publication d'une étude attendue sur la qualité de l'air des maisons à ossature bois, sur la base de longues années de mesure. Et aussi, tout un développement d'un concept de bâtiment d'activité ossature bois et poutre treillis, labellisé Xylofutur et porté notamment par Codifab et France Bois Forêt, une solution hyper-économique et d'implantation locale, propre à stimuler le développement de l'activité économique en zone rurale. Pour passer à l'étape de production, BOIS PE a demandé une aide de 150 000 euros et suscité déjà l'adhésion de l'industriel Swiss Krono qui contribue à hauteur de 10%. La porte est ouverte à des accompagnateurs industriels sur le segment notamment du LVL, de la poutre treillis et des connecteurs, de l'isolation et du bardage. 

A présent, BOIS PE a changé de gouvernance (Possibilité de devenir membre de soutien de notre association BOIS HABITAT POLE EGLETONS) et ne dépend plus du monde universitaire, ce qui est un peu logique et ouvre la voie à d'autres partenariats. De fait, il faudrait constituer un réseau français des formations dans le domaine du bois pour disposer du meilleur maillage et de la meilleure complémentarité, et permettre aux utilisateurs et acteurs intéressés de disposer de la meilleure visibilité sur ce qu'il est possible de faire à quelles conditions. Sur le modèle de BOIS PE Egletons, en capitalisant sur l'acquis, il devrait être possible de développer un pôle du même type par interprofession, sans doute pas sui generis, mais en greffe sur des structures de formation existantes. Une urgence à un moment où le CNDB n'est plus en mesure de remplir comme par le passé ses fonctions de formateur de base, alors que les aléas de la conjoncture montrent bien qu'il faut pour ainsi dire recommencer à zéro.