Coup de gueule contre l'hystérie anti-bois

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Laurent BLERON, Pascal TRIBOULOT
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Laurent Bléron, actuel directeur de l'ENSTIB et Pascal Triboulot, son prédécesseur et vice-président de FIBois Grand Est, s'insurgent contre le wood-bashing ambiant en France.
 
Coup de gueule : « Peut-on se passer de bois ? »

Depuis quelques semaines, la forêt et l’utilisation du bois sont des sujets d’actualité. L’amalgame permanent, entre les images chocs de la déforestation en zones tropicales et la réalité de la progression du patrimoine forestier sur tout le continent européen, l’idée que les forêts du Morvan sont l’expression généralisée des forêts françaises, l’impression donnée que les entreprises du bois et les forestiers sont tous « vendus au grand capital » et œuvrent systématiquement à grands coups de monstres mécanisés et d’épandages récurrents de glyphosate et d’autres intrants dévastateurs finissent par lasser.

Peut-on se passer de bois ? C’est la seule question que doit se poser l’opinion public.

Si la réponse est oui, alors acceptons l’idée de l’utilisation tout azimut des ressources fossiles et de la bétonisation de la planète. Actuellement, chaque habitant de notre terre consomme un m3 de béton par an, pourquoi pas deux ou trois, c’est si bon pour le réchauffement climatique… Nos forêts pourront alors être mises sous cloche, revenir à l’état primaire, redevenir impénétrables et largement moins agréables pour la promenade ou la sortie VTT du dimanche, ou simplement disparaître, emportées à leurs tours par le réchauffement climatique, dont les effets sont bien plus rapides que la seule adaptation des forêts à leurs environnements.

Si la réponse est non, alors changeons notre regard sur les spécialistes : gestionnaires forestiers, bûcherons, scieurs, industriels de la deuxième transformation, scientifiques qui prônent un équilibre à travers les multifonctionnalités de la forêt, ou qui mettent en évidence l’intérêt environnemental de l’utilisation du bois, et donc de la récolte des arbres. Cessons de les considérer comme des suspects. Si la forêt est multifonctionnelle, elle est aussi l’une des meilleures illustrations de ce qu’est le développement durable. Les trois piliers du développement durable : social, écologique et économique s’y trouvent rassemblés mieux qu’ailleurs. On trouve aussi, dans ce lien entre la forêt et le bois, de magnifiques exemples de l’économie circulaire et de l’émergence du concept de circuits courts. Les femmes et les hommes qui mettent leur énergie, leurs talents, leurs convictions et leur passion au service des territoires forestiers et des entreprises responsables de la filière, sont souvent aussi silencieux que les arbres qui grandissent. Il serait temps de les écouter !

Exemple de la reconstruction de Notre-Dame

L’opinion public s’est là encore « enflammée » : 3 500m3 de chênes sacrifiés, inacceptable de récolter les 1000 à 1500 chênes nécessaires à la reconstruction ! 

Or, il y a environ 1,3 milliards de chênes rouvres et pédonculés en France.
Cette opération représente donc 0.0001% du capital de chênes disponibles…
L’accroissement biologique annuel des chênes de France est de l’ordre de 14 millions de m3.
Les 3 500 m3 de chêne seront reconstitués dans nos forêts en moins de 2h30….
C’est de l’arithmétique de base niveau CM2 : [(365 jours x 24h) / 14 000 000 m3] x 3 500 m3 = 2,18h.
2h30 de production, sans aucun bruit, en prélevant le CO2 atmosphérique et avec le soleil comme seule énergie…

La forêt et l’utilisation du bois ont un rôle indispensable dans la réalisation des engagements environnementaux de la France. L’effort de communication et de pédagogie sur la nécessité d’une gestion dynamique de la forêt porte aussi sur les générations de futurs acteurs que nous formons à l’ENSTIB. Pour eux, nous nous devions d’intervenir dans ce débat.

Professeur Laurent BLERON, Directeur de l’ENSTIB

Professeur Pascal TRIBOULOT, Directeur honoraire de l’ENSTIB, vice-président de FIBOIS Grand-Est

 

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Alain Beaudouin
A placarder sur le fronton de nos écoles, avec un exercice de calcul en prime. Merci beaucoup.
Richard Vrand
Jusque dans les années 70, les directeurs régionaux de l’ONF avaient pour titre : Monsieur le conservateur – cela veut tout dire. Dommage que l’on ait pas gardé ce titre. Je prône depuis des années, le changement du nom de notre profession – exploitants forestiers, ce titre est tout à fait devenu péjoratif dans l’esprit de tout un chacun. Exploitants, nous exploitons. Il nous faut trouver un autre titre. Nous vendons très mal notre métier, lorsque vous expliquez aux quidams excités interrogatifs sur notre fonction ,ce qu’est l’aménagement forestier, ils réagissent tout à fait autrement. Il nous faut une grande table ronde avec les principaux intervenants dans la gestion forestière, l’économie des bois, le tourisme ;afin de remettre les pendules à l’heure, quant aux petites guéguerres de manque de bois, le lobbyisme des gros scieries, la pseudo exportation abnormale du bois, en visant systématiquement les exportateurs vers l’Asie. Heureusement qu’il y a eu la Chine pour absorber les millions de mètres cubes d’épicéas scolités, des centaines de milliers mètres cubes pour le Vietnam etc. La petite guéguerre entre les fédérations d’exploitants forestiers scieurs cela est contre productif dans l’intérêt global de notre métier de la forêt à la première et deuxième transformation du bois. Il y a beaucoup de boulot, malheureusement c’est un métier d’indépendant au départ qui n’a pas su se remettre en cause
Patrick Corbat
Très bien, il faut frapper l'opinion pour que cela porte et soit relayé par les médias Bravo, et espérons que cela se dise !!