Trop de résineux bord de route dans l’est ?

juillet 05, 2018
Source:
RW/Fordaq
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Marchés résineuxAu début de l’été 2018, le paysage des résineux se caractérisent par deux situations très différentes. D’une part, le marché des sciages confirme ses bonnes dispositions entrevues au dernier trimestre 2017. D’autre part, celui des bois ronds en forêt connaît un coup d’arrêt se traduisant par une moindre demande et par un tassement des prix des grumes et des billons dans les grands massifs forestiers de l’est.

La plupart des scieurs interrogés évoque un contexte général positif. « L’économie mondiale va bien et en France l’activité est correcte », nous disait récemment Jean-Claude Monnet, PDG du groupe Monnet-Sève. En conséquence, et malgré un léger ralentissement du bâtiment en mai et juin en raison d’épisodes orageux à répétition, les professionnels qualifient la demande en sciages de très satisfaisante.

« À part certains produits de charpente en grosses sections qui s’écoulent difficilement, tous les autres secteurs sont bien orientés », nous déclarait Philippe Siat le 22 juin à Euroforest. Cette remarque concerne particulièrement les débits destinés à l’emballage, branche qui fait preuve depuis le début de l’année d’un réel dynamisme.

« Nous sommes dans une reprise économique qui profite à l’industrie et à la construction. Dans la palette et dans les autres assortiments de l’emballage, je pense que nous arrivons maintenant à une charge de travail approchant celle que nous connaissions en 2007 avant la crise », juge Fabien Salles, dirigeant de la scierie du même nom en Lozère. D’après ce spécialiste, la forte augmentation des commandes qu’il constate -comme ses collègues-, au 1er semestre de l’année s’explique aussi par le manque de bois dans le massif des Landes. « Mais nous avions connu le phénomène inverse en 2009 quand les Landais nous ont inondé de bois à la suite de la tempête Klaus. »

Pour Fabien Salles, le seul bémol actuel consiste dans les prix de la matière première qu’il estime encore en augmentation aux dernières ventes de printemps dans sa région. Ces tensions aux achats touchent toujours le pin maritime mais aussi le pin sylvestre destiné à des débits en second choix. « Compte tenu cette hausse de nos coûts d’approvisionnement et l’état de la demande, j’envisage de réviser mes tarifs de sciages avant les vacances », confie le scieur Lozérien.

Plus à l’est, le contexte des achats de bois résineux en forêt se différencie de celui de la partie centrale et sud-ouest de l’Hexagone. Étienne Renaud, président du syndicat Les Résineux de Franche-Comté avance deux explications. « Dans nos régions de montagne, les mois de janvier et de février ont été favorables aux exploitations. Par ailleurs, la tempête Eleanor de début janvier a provoqué d’importants volumes de chablis, notamment chez nos voisins allemands et suisses. »

Il y a donc actuellement pléthore de bois en bord de route et les scieurs de l’est ne peuvent absorber toute l’offre. Ce contexte de surabondance ponctuelle de matière se traduit par une augmentation des invendus aux ventes de la fin du premier semestre 2018, la barre des 20% de bois laissés sans preneurs ayant été franchie aux ventes ONF du Grand Est.

Il n’est donc pas étonnant de constater une inflexion des prix soit, d’après l’ONF, une baisse de 2% pour le sapin et de 4% sur l’épicéa par rapport à l’automne 2017 dans le Jura. D’après nos calculs, et sur le même type d’adjudications, les tarifs des sapins perdent de 3% à 4,5% en glissement annuel, les cours de l’épicéa se situant en moyenne 13 €/m3 sur pied au-dessus de ceux du sapin (voir tableaux 1 et 2).

Mais si le marché des sciages demeure toujours aussi porteur, il est fort probable que les prix de la matière première dans l’est repartent à la hausse l’automne prochain après que le surplus de volume ait été absorbé durant les mois d’été. Toutefois, les responsables professionnels restent mesurés dans leurs déclarations. « Bien que les signaux soient positifs pour le 2ème semestre 2018, les dernières prévisions de croissance en France nous incitent à la prudence », estime Philippe Siat.

Tableau 1 :

TASSEMENT DU PRIX DES GRUMES DE SAPIN DANS L’EST
Prix sur pied et en bloc en euros/m3 sous écorce

Volume unitaire

2T/2017

3T/2017

1T/2018

2T/2018

Évolution sur 9 mois

Évolution sur 12 mois

1 m3

49,5

50,75

51,7

47,3

-6,8%

-4,4%

1,5 m3

52,5

53,5

52,75

50,5

-5,6%

-3,8%

2 m3

54,75

55,5

53,5

52,8

-4,9%

-3,6%

2,5 m3

56

57

54

54,5

-4,4%

-2,7%

3 m3

58

58,2

54,5

56

-3,8%

-3,4%

3,5 m3

59

59,3

55

57,2

-3,5%

-3,1%

4 m3

60

60,2

55,4

58,3

-3,2%

-2,8%

Source : Robert Wood, d’après ventes ONF de Franche-Comté

Tableau 2 :

TARIFS DES ÉPICÉAS DANS LE MASSIF DU JURA
Prix sur pied et en bloc en euros/m3 sous écorce
Vente de levier du 20/06/2018

1 m3

57,5

1,5 m3

61,5

2 m3

64,75

2,5 m3

67,25

3 m3

69

3,5 m3

70,75

4 m3

72,20

Source : Robert Wood, d’après ventes ONF de Franche-Comté