Un congrès chasse l'autre

Source:
Fordaq JT
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Il y a deux façons de voir la situation actuelle. La négative, qui constate que la mise en place d'outils d'analyse collective comme les Etats Généraux, puis le Forum Bois Construction, n'ont pas empêché la crise de la construction bois qui a culminé en 2015, ni fourni les moyens d'une analyse critique de la situation. La positive, c'est que le bois et la construction bois sont des domaines high-tech de fait et qu'indépendamment des aléas de la conjoncture, un travail de communication et d'intercommunication est indispensable. Le moyen terme étant qu'avec ces congrès qui s'enchaînent, il serait bon de voir se dégager une meilleure compréhension du marché.

Les Etats Généraux d'Angers devaient sous-tendre une montée en puissance de la construction bois en France et ils ont effectivement joué un rôle moteur au même titre que le salon Maison Bois, mais la crise a été plus forte et il est frappant de voir qu'en avril 2015, lorsque le Forum Bois Construction prenait enfin ses quartiers et parvenait à remplir dignement le nouveau Palais des Congrès de Nancy, la filière française de construction bois touchait le fond. Pourtant, le mouvement imprimé initialement par les EG, qui poussait la construction bois a évoluer vers le logement collectif et notamment social, allait dans le sens du temps tout comme le programme proposé chaque année par le Forum Bois Construction, qui n'a pas consacré beaucoup d'espace à un marché pavillonnaire effectivement de moins en moins porteur. Mais tout cela ne suffit pas. Face à la situation traversée, il faudrait que les événements qui marquent la filière construction bois d'une part assurent une plus forte notoriété, d'autre part offrent une meilleure visibilité de la situation réelle. Il faudrait que la filière se coordonne pour mobiliser les médias, et pour produire du contenu, pas seulement les mêmes discours. Woodrise, Aprovalbois, IHF, Eurobois, FBCA, CIB, ces événements forment une chaîne qui doit tirer la filière de l'ornière, à condition de parvenir à les relier, les mettre en résonnance. Woodrise a été un succès en matière de mobilisation, d'organisation, d'ouverture sur les marchés du monde. S'il a laissé sur la faim en matière d'expertise de la construction en hauteur en bois, cela est sans doute une situation provisoire due justement au manque de connaissances actuelles en la matière. Ni les Canadiens, ni les Japonais n'ont vraiment apporté une contribution éclairante. Sinon la confirmation que le multi-étage, c'est possible dans les faits, avec une certaine dose de mixité. Quant aux Français, le soupçon que tout cela ne finira que par être utile aux majors n'a pas été informé loin de là. La question de savoir comment la filière bois française pourrait concrètement profiter de ce nouveau marché n'a pas été évoquée, et la défiance s'installe. On attend avec impatience la journée de debriefing programmée par Adivbois pour le 18 octobre, tout en doutant que cette question élémentaire soit abordée : comment faire pour que ce marché émergent consolide la filière française de construction bois dans son ensemble, comment se préparer, s'équiper, créer des alliances, mutualiser les moyens de production et surtout relever le défi sans contre-performances ?  On dira que les dés sont déjà jetés dans la plupart des cas avec des concours qui se sont déroulés en conception-réalisation, mais ce n'est pas vrai. Les mandataires risquent de faire face à une incapacité de produire, car les moyens de production restent aujourd'hui largement aux mains des constructeurs bois qui voient le marché repartir et monnaieront chèrement leur sous-traitance, et leur connaissance du métier.

D'où l'intérêt majeur d'observer comment cela se passe par exemple en ce moment à Strasbourg, qui reste le difficile laboratoire de la construction bois en hauteur française. Il semble que Bouygues ait effectué un gros travail pour produire effectivement un R+11 en bois, une vraie révolution culturelle. Maintenant, si Bouygues parvient à bien s'accorder avec ses sous-traitants du bois, ce sera une autre révolution, mais les uns et les autres ont besoin l'un de l'autre, Bouygues a bien repéré un marché potentiel et un marché d'avenir, en compétition directe avec Vinci et Eiffage. Certes, les projets court-circuitent de fait les équipements de machines de taille à commande numérique et plateaux multi-fonction de la filière bois française, au profit souvent du CLT et du BLC sur mesure, mais c'est un leurre, ces chantiers nouveaux et risqués ont besoin encore plus que les autres de l'expertise et du doigté des gens du bois, même si Bouygues forme en interne à la mise en oeuvre de panneaux CLT. Le CLT n'est pas tout. D'un autre côté, les constructeurs bois vont peut-être devoir payer le prix de leur équipement unilatéral, de leur adaptation trop lente à la nouvelle donne du CLT.

On ne peut pas dire que le marché de la hauteur ne regarde pas ou plus le monde du bois, puisque le bois est embarqué, on va juger ce matériau sur son aptitude à répondre à ce défi. La France championne du monde des projets R+5+ en bois et une filière bois qui se détourne, ça aurait l'air de quoi ? Les choses vont déjà assez mal comme ça. Tout le monde est condamné à réussir. Les CMB, Charpente Cénomane, Rousseau, Poulingue, Charpente Houot, Socopa, SDCC, et tant d'autres, tout ce noyau dur de la construction bois, les 5 millions de CA et plus, doit pouvoir apporter son expertise, ses hommes, et dans des conditions honnêtes. Et pas seulement dans la configuration Maître Cube. Ce marché ne se fera pas sans les constructeurs bois en pratique, même si la FFB-UMB traverse actuellement une petite crise de gouvernance qui l'empêche de formuler cette revendication évidente. Si l'on laisse de côté la séparation un peu artificielle entre adhérents à Afcobois UICB et adhérents FFB-UMB. Il serait temps que face justement à ce marché nouveau, à la sortie d'une crise terrible, l'UICB et FFB-UMB fassent front commun, pourquoi pas via FBIE, pas pour railler un marché de la hauteur qui ne le concernerait pas, mais pour monter au créneau et peser pour que ce marché reste celui de la filière bois et des constructeurs bois, en bonne intelligence avec les mandataires des opérations. L'esprit de l'initiative engagée par Frank Mathis avec l'aval de la filière, il y a quelques années, du temps de Montebourg, c'est tout de même bien que tout cela ait un lien direct avec la construction bois française et son tissu.

A tout prendre, peut-être qu'on en sait toujours si peu sur le concret de la construction bois en hauteur, parce que ces acteurs clé et sachants ne sont pas vraiment dans le coup jusqu'à présent, soit qu'ils se gardent bien de prendre des risques inconsidérés, soit qu'on oublie un peu trop fort qu'ils existent. Ce n'est pas trop tard. Le marché en est plus ou moins au stade de l'APS avancé, on rentre dans le vif du sujet.

 

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