Le cri d'alarme des scieurs de chêne français

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Fordaq JT
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La menace qui pèse selon la FNB sur les transformateurs de chêne en France n'a pas été quantifiée, mais étayée par plusieurs témoignages selon lesquelles l'accès à la ressource fait actuellement défaut de façon criante avec des effets graves à très cours termes (quelques mois). Le cri est lancé à bon entendeur avant le début des ventes de printemps, dans un contexte météorologique défavorable, les sols trempés ne permettant pas de sortir les grumes de la forêt. Par ailleurs, la FNB a dévoilé le projet de l'ONF d'annoncer dans quelques jours une diminution conséquente de la mise sur le marché par l'office de chêne de qualités supérieures d'ici à 2020 (-60 000 m3). Mais ce sont une fois de plus en première lieu les exportations de grumes de chêne vers la Chine qui sont incriminées, et accessoirement ceux qui les leur vendent. 

La FNB précise que si l'on compare la situation actuelle (2017) avec celle d'il y a dix ans, les transformateurs français disposent environ d'un million de m3 de grumes en moins, à cause de la baisse de la récolte (400 000 m3), et du fort développement des exportations de grumes vers la Chine, mais aussi d'autres pays. La FNB n'a pas établi de comparaison entre la capacité de transformation des scieries spécialisées il y a dix ans et maintenant. Elles sont apparemment netement moins nombreuses, mais la FNB évoque dans son dossier le chiffre astronomique d'un milliard d'euros d'investissements dans l'outil de production, ce qui aura nécessairement eu une incidence sur l'évolution des capacités de transformation. 

La conférence a réuni très largement la presse grand public d'influence nationale, mais elle était étayée par un dossier dense et travaillé, richement illustré pour offrir le niveau de pédagogie nécessaire à ces cibles qui ne connaissent pas bien le bois. Philippe Siat, Olivier Douzain, Samuel Deschaumes, David Chavot, Jean-Luc Roy, Didier Petitrenaud, Valérie Deschazeaux... le tir était groupé et assez bien orchestré, ajusté. L'objectif est clair : élargir le label UE à la forêt privée en liant l'octroi d'aides publiques à l'adhésion au label. La FNB n'a cependant pas évoqué de délai plausible pour la mise en oeuvre de cette mesure qui ne semble pas faire l'unanimité au sein de l'amont de la filière, ni chiffré ou estimé le volume de grumes de chêne qu'une telle mesure permettrait de transformer en France. La viabilité juridique de cette démarche semble acquise, sans nécessiter une nouvelle modification du code forestier. 

Le label UE tel qu'il est actuellement pratiqué donne à moitié satisfaction. Comme sa mise en place pour les ventes publiques n’a pas entraîné comme on pouvait d’abord le craindre une baisse des cours, l’extension au secteur privé sera moins dissuasive. D'un autre côté, Olivier Douzain a fait état d'assez massives fraudes au label dans l'Est, ou au moins de modes de contournement permettant de poursuivre les exportations de grumes vers la Chine via Anvers, pour un volume que la FNB confirme comme étant actuellement en rythme annuel, selon les douanes chinoises, de 360 000 m3. 

La FNB voit dans la pénurie de chêne et l'appétit de chêne par les Chinois un signe précurseur de ce qui pourrait bien se passer pour d'autres essences dont les résineux. Elle n'a pas manqué de relancer son discours sur la forêt de production et les plantations en volumes comparés européens. Les idées évoquées déjà dans le cadre de l'AG de décembre, allant vers la préférence nationale pour les sciages français, n’ont pas été remises sur le tapis et c'est sans doute un bon point de ce meeting car le focus est largement resté sur le problème apparemment urgent et criant de la pénurie de matière première chêne. Pas facile devant un parterre de journalistes urbains souvent plein de préjugés sur la forêt. 

C'est tout le problème de cette communication, le thème est très spécialisé et la FNB met tout son poids dans la balance, mais le grand public et ses relais attendent qu'ils s'intègre dans un discours général sur la forêt et sa transformation. Leurs repères, c'est parfois : faut-il couper des arbres ou non ? Malgré la qualité du travail accompli par la FNB en amont, il va falloir mesurer finement les retombées car la forêt est actuellement un enjeu médiatique aigu, avec un risque d'effet boomerang surtout dans la grande presse.

La FNB défend ses adhérents dans l'urgence mais dans ce contexte, on peut se demander si la filière n'aurait pas dû anticiper tout ça. Finalement, il y a le PNFB, le CNFB qui vient de siéger. Certes, le chêne pousse en 8 générations et la flambée du chêne actuelle, personne n'arrive vraiment à l'expliquer, ni même sans doute à la comprendre. Bien malin qui saura en fixer la durée. Et de fait, on a à faire à une gestion crise peut-être pointue mais qui sait passagère, que Didier Petitrenaud explique assez simplement : "La forêt française ne peut donner que ce qu'elle a, on ne peut pas augmenter sensiblement la récolte de chêne, la hausse de la demande n'y fera rien". 

S'il y a une telle urgence, en principe, l'Etat peut s'appuyer sur un cas de force majeure. Et la filière bois devrait normalement pouvoir gérer cette crise en interne. Compte tenu de l'urgence affichée, s'il s'agit maintenant de négocier, il faudra faire vite. Mais l'appel au Président de la République est-il un appel à négocier avec l'amont ? Par ailleurs, les jalons de la présente campagne de communication n'ont-ils pas été posés lors d'une "université d'été" très politique organisée par la FNB en Bourgogne l'été dernier ? 

En pleine campagne "Pour moi, c'est le bois", le signal d'alarme lancé par la FNB demande à être raccordé à la communication générale et surtout aussi en termes d'harmonie. Penser que le label UE sera étendu à la forêt privée par dessus la tête de Fransylva et à court terme, entraînant une réorientation immédiate des flux et un sauvetage des entreprises familiales menacées, est-ce un scénario réaliste ? Et pourtant, il va falloir sortir de cette situation et comme la filière s'est dotée d'une gouvernance et n'a cessé de communiquer sur cet outil, voilà le premier grand défi que cette gouvernance a à relever : trouver une issue à cette crise de l'approvisionnement des transformateurs de chêne français, et vite. A défaut, il faudra bien se résoudre à penser que la gouvernance de la filière, en fait, n'existe toujours pas. 

Nous prendrons soin de détailler les arguments présentés par la FNB, et sa démarche, dans les éditions à venir. En effet, l'extension souhaitée du label UE n'est qu'un aspect d'un ensemble beaucoup plus vaste qui prend par ailleurs appui sur une enquête d'opinion auprès du grand public, ce qui n'est pas courant. En attendant, l'ensemble de ces arguments et revendications a été synthétisé dans un dossier de presse que vous pouvez consulter ici.

Lire le riche dossier de presse 

 

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Anne-Claude Cotreuil
Petite question concernant le label transformation UE: pourquoi le label transformation UE disparaît lorsqu'une coupe ou un lot de grumes est invendu à sa première mise en vente par l'ONF? L'ONF peut ensuite vendre ces bois à des exportateurs alors qu'une entreprise qui adhère au label ne peut pas vendre le moindre m3 de chêne à l'exportation y compris les bois acquis sans label. Si tous les bois d'oeuvre chêne mis en vente par l'ONF gardaient leur label, même après une première mise en vente infructueuse, cela ferait un peu plus de chêne pour nos scieries.