Le Pavillon circulaire ne tourne plus

Source:
Fordaq JT
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Sur internet, on lit en avril dernier que le bâtiment va être mis aux enchères, puis rien. Ensuite il ne reste qu'un petit tas de gravas. Requiem pour un bâtiment en bois, formidable, qui aurait tout de même mérité un faire-part, s'il n'était pas damné par sa recyclabilité présumée éternelle. Qu'on se rassure, si le pavillon circulaire conçu par l'agence Encore Heureux n'a pas encore atteint le nirvana c'est tout comme. Et en tout ca, il n'a pas démérité.

Souvenons-nous, la COP 21, la menace terroriste et aussi la menace du greenwashing sans limites avec les sponsors pollueurs paradant sur les quais. Au Bourget, le concept proposé par Encore Heureux avait été remplacé par la confection rapide d'une charpente en lamellé-collé d'Arbonis pour le grand leader de l'événementiel français, Joulin. Une charpente qui a fini où, au fait ? Dans la poubelle où Trump a fait tomber les Accords ? 

Restait ce pavillon circulaire-angulaire bâti par Cruard notamment, à base de matériaux de récupération dont ces fameuses portes palières en chêne provenant de la déconstruction de logements sociaux parisiens et dessinant des sheds un peu rudes dans cet environnement kitsch du parvis de l'hôtel de ville, cet affront mielleux à toute l'histoire de la place de grève et son gibier de potence. 

Du provisoire qui a duré, certes. Il était question de trois mois, et le bâtiment a tenu presque deux ans. Certes, le café a fermé depuis longtemps, le bâtiment n'étant pas vraiment adapté à cet usage, dépourvu de toilettes par exemple. Les opérateurs se sont refilés le bébé et quelque chose s'est grippé au fil du temps, il ne se passait plus grand chose. Maïtre Cube avait présenté son groupement durant le premier hiver, mais plus tard, la filière bois a eu du mal à investir ce lieu, apparemment trop cher. Pas de Club Oui au Bois, pas d'événement Francîlbois, etc. Encore Heureux avait depuis longtemps tout cédé à l'Arsenal et la ville a récupéré les lieux. Selon Julien Chopin et Sébastien Eymard de Encore Heureux, les tentatives se sont succédées pour transférer un objet qui de toute façon aurait eu besoin d'un bon lifting pour devenir plus pérenne. Le vernis des portes exposées aux intempéries s'écaillait fortement. Réinstaller le pavillon chez Encore Heureux n'a pas été possible, ni en faire un kiosque pour boulistes ou autres associations. Finalement, ni la réutilisation dans le cadre de l'aménagement progressif de la Petite Ceinture. La vente aux enchères n'a rien donné et le bâtiment a été finalement démonté par la Ville.

La Ville dont les agents avaient participé au montage dans le cadre d'un stimulant chantier participatif, une Ville qui réfléchit fortement au réusage des immenses déchets générés par l'activité des expositions, des spectacles. Paris n'est-il pas devenu en soi un gigantesque décor de théâtre et de cinéma ? Les décors, un gisement formidable mais pour l'heure bloqué sur le plan juridique. Julien Chopin connaît la question : "Un élément déconstruit d'un chantier donné peut rester un produit de construction s'il est stocké et abrité sur site. Dès qu'il le quitte, c'est un déchet". Heureusement que nos aînés ne le savaient pas encore, quand tout le bois d'oeuvre entrant à Paris était conservé au fil des générations et réutilisé à droite à gauche. Selon Encore Heureux, qui s'est fait une spécialité de l'architecture circulaire, les législateurs travaillent à un assouplissement de ce statut mais ce n'est pas facile.  

Le pavillon circulaire, démonstrateur, était certes constitué pour l'essentiel de matériaux de récupération, mais il n'a pas été assemblé de façon à être entièrement démontable et ré-assemblable. Ce qui contribue à faire craindre pour le sort ultime de l'ouvrage stocké décomposé par les services de la mairie. A présent, Encore Heureux démarre un chantier provisoire, les Ateliers Medicis, dont l'exploitation devrait s'étendre sur 7 à 8 ans. Compte tenu des problèmes du statut des matériaux réemployés, ce n'est pas la carte que joue l'agence sur ce projet, mais la carte complémentaire et passionnante de la redémontabilité. Qui sait, dans huit ans, peut-être que la loi aura changé et cette fois, que l'ouvrage des Ateliers Médicis soit prédisposé à être installé ailleurs dans les meilleures conditions. 

C'est comme pour le bilan carbone : la filière bois peut se targuer d'être a priori meilleur, et se retrouver en queue de peloton ensuite. Ou bien anticiper. La démontabilité va venir, c'est écrit, et en principe le bois est parfaitement adapté à cela, surtout en comparaison du béton banché actuel. Mais si la filière attend que le statut de déchet évolue enfin pour tous les matériaux de construction, un jour, le bois se fera doubler par d'autres matériaux, pas seulement l'acier. Il existe bien des solutions de planchers mixte en rénovation, comme ceux de Paris Ouest, qui conservent les planchers anciens. Mais a-t-on procédé dans le monde du bois a des essais mécaniques sur des poutres anciennes, notamment en BLC, et à des recherches sur les assemblages démontables... et remontables ? Est-ce inscrit dans le marbre du plan d'innovations de la filière à l'horizon de 2025 ? 

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