OSB : l'investissement intelligent de Swiss Krono

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Fordaq JT
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Incroyable ! Le process de fabrication d'OSB de Swiss Krono a rçu le second prix des Trophées de l'Innovation Forêt-Bois 2017 dans la catégorie "Innovation Matériau" ! Cela veut donc dire que dans le Grand Ouest, en 2017, il y a des innovations à la pelle en matière de bois. En fait, le site de Sully est le représentant le plus fort et le plus durable de l'industrie du bois en France, les investissements continus, très coûteux et souvent décidés dans une perspective environnementale, font que cet outil est une belle carte de visite de la filière. Et le dernier en date mériterait que Nicolas Hulot vienne appuyer symboliquement sur le bouton START.

Qu'on se souvienne du débat un peu vain entre ceux qui veulent que la forêt française s'adapte aux besoins (les scieurs), et ceux qui pensent le contraire. L'exemple de Sully-sur-Loire invite à réfléchir différemment.

Un peu par tradition, les panneaux OSB sont fabriqués principalement à partir de résineux. Il y a quand même un peu de bouleau et de tremble qui entre dans la composition, notamment à Sully-sur-Loire, dans une proportion de 15 à 20 %. Le reste, c'était surtout du pin sylvestre en diamètres inférieurs à 40 cm. Issu de coupe d'éclaircie ou d'amélioration, ce bois bien droit aurait tout aussi bien pu finir en bois de palettes, emballages ou en canter pour d'autres applications. D'ailleurs, le process de Sully intègre, pour la production de panneaux de particules, des broyats de palettes en fin de vie. Quant aux bouleaux, trembles, charmes, et dans certains cas les peupliers, cela ne valait rien et finissait au mieux en plaquettes forestières. 

Swiss Krono, ex Kronofrance, a pris conscience que la ressource locale de pins sylvestre s'épuise dans la région Centre, que ses grumiers vont chercher du bois jusque dans le Finistère, ou les Landes, avec toutes les difficultés d'approvisionnement de ce bassin. D'où l'idée d'augmenter la part des feuillus, abondamment disponibles localement. Mais quelle peste, les feuillus ! Diamètres trop importants, billons tordus, écorces qui viennent s'enrouler dans la mécanisation. L'écorce dégrade la performance des panneaux. 

Holtec a eu l'idée de proposer des écorceurs qui sont une sorte de tambour où les billons s'écorcent mutuellement par frottement. Restait à dimensionner le tambour afin de pourvoir à la moitié des appros de la ligne OSB. Car les tests montrent que l'injection d'une part importante de lamelles feuillues ne dégrade pas le panneau. 

Les bouleaux sont abondants, les trembles aussi en vallée de Loire. Le rayon d'action moyen des grumiers devrait se réduire, mais l'installation vient d'entrer en service, les effets chiffrés seront accessibles plus tard, y compris l'impact éventuel en termes de FDES. 

L'investissement de 8,5 millions, qui fait suite aux 7 millions pour l'électrofiltre en 2013, comprend l'écorceur Holtec, mais aussi le "taille-crayon" canadien qui porte le diamètre admissible de 40 à 50 cm, en espérant que cela ne favorise pas le déchiquetage de billons potentiellement bois d'oeuvre. Mais 50 cm, c'est aussi la garantie de transformer des feuillus tordus. 

De cette façon, Sully compense un peu Alizay, et pour une fois ce n'est pas la filière bois énergie. Moins de pression sur le pin sylvestre d'éclaircie et d'amélioration favorise la filière emballage. Le bilan carbone de la construction bois s'en trouve bonifié en principe. Sauf que pour l'heure, un constructeur du Centre qui utilise des panneau OSB Swiss Krono ne peut faire le départ entre les panneaux de Sully et ceux que le groupe livre de l'Est. Quant au volume de production de Sully en OSB, et à la part de marché en France, motus. Le mémento FCBA 2016 se réfère à des chiffres 2015 et donne une production de 4 millions de m3 environ, mais PP et OSB confondus (il est vrai que les process sont assez proches). L'enquête nationale de la construction bois ne descend pas jusqu'à une évaluation de la part des panneaux de contreventement OSB, ou des planchers. 

Selon le ministère de l'agriculture en 2014, "la capacité des unités de production de panneaux de particules atteint les 3,8 Mm3, qui comprennent les 360 000 m3 de la seule usine de fabrication d’OSB en France. Cette capacité de production est dévolue à 60 % aux panneaux de particules bruts". On interprète : Sully produit 150 000 m3 de panneaux OSB environ, donc désormais avec un peu plus de 75 000 m3 de feuillus. Sully ne fournit qu'une partie de la consommation d'OSB Swiss Krono en France.Difficile de savoir dans quelle mesure ce marché est en proie aux importations asiatiques plus ou moins voilées, comme pour les autres familles de panneaux bois.

Aymeric de Romans, acheteur bois pour Sully depuis dix ans (son premier job !), achète chaque année pour 1,2 millions de tonnes destinées à l'usine. C'est dire que la modification et l'investissement tout de même très important en termes financiers ne bouleverse pas la politique d'approvisionnement de Swiss Krono SAS du tout au tout. 

Tout de même, l'industrie française du panneau, que ce soit les panneaux de particules, les contreplaqués ou les OSB, voire les MDF, cadre de mieux en mieux avec la ressource locale française, ce qui rend la construction à ossature bois plus vertueuse en principe. 

A présent, pour le congrès Woodrise, Swiss Krono va mettre en avant ses panneaux Magnum Board composés d'une superposition de panneaux OSB, censés rivaliser avec le CLT. Pour l'heure, le Magnum Board n'est pas fabriqué à Sully et il n'est apparemment pas question de le faire. Mais si l'on se projette, on peut imaginer des panneaux Magum Board composés à moitié de feuillus, et essentiellement de bois de coupes d'éclaircie et amélioration. En quelque sorte, ce serait le vrai CLT à la française tant attendu. Le panneau de structure en bois qui cadre avec notre ressource locale. 

Et dans la foulée, on pourrait reconsidérer le non développement en Europe de la gamme LSL américaine, dans la mesure où ces produits pourraient également incorporer davantage de feuillus. 

L'avancée de l'OSB est d'autant plus intéressante que les panneaux n'émettent plus de formaldéhyde, le liant étant un PMDI. Soit, il est vrai un polyisocyanate sans doute en odeur de toxicité en cas d'incendie, et actuellement concerné par les problèmes de pénurie du MDI qui frappent le polyuréthane. 

On peut ajouter les recherches effectuées pour parvenir à caractériser de façon stable la performance des panneaux OSB comme frein vapeur. Une hypothèse est de porter l'épaisseur à 13 mm. Dans ce cas, les systèmes constructifs bois pourraient basculer vers le contreventement à l'intérieur et faire l'économie du film plastique. Comme quoi l'heure est à une réflexion sur la construction bois bas carbone, le genre de groupe de travail qui devrait être mis en place par l'UICB. Au lieu de se contenter de dire que le bois stocke du carbone et que la matière première est renouvelable. 

 

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