Au fait, l’OSB…

Source:
Fordaq JT
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Ce panneau représente 75% des pdm des panneaux bois pour le construction en France, ne cesse de gagner des parts sur le contreplaqué, connaît un taux de progression annuel de 5% en Europe (en moyenne), mais pas facile de connaître le volume, la valeur et l’évolution du marché français, et pour cause. 

Les statistiques ont la fâcheuse tendance à assimiler panneaux de particules et OSB, ce qui est un habile subterfuge industriel. Les process de fabrication se ressemblent de loin, mais une ligne OSB reste une ligne OSB. Si on prend les Memento FCBA, pour 2013, la production cumulée est annoncée avec un volume de 4,17 millions de m3 en France. En 2015, on passe sous la barre des 4 millions, à 3,98 millions de m3. Swiss Krono concède que l’OSB a directement pâti de la crise du bâtiment et des difficultés de la construction bois. Mais sans plus de détails. La capacité de production du site de Sully-sur-Loire est de 500 000 m3. La production réelle ?

Dans ce petit monde fermé, il y a eu récemment quelques chamboulements qui ont laissé fuiter quelques chiffres. Kronofrance est devenu Swiss Krono, Swiss Krono a embauché comme CEO l’ancien patron de Pavatex, Brettenthaler, qui a mis en place de nouvelles équipes et une nouvelle stratégie. Enfin, en avril dernier, le fondateur Ernst Kaindl est décédé, laissant à sa fille Inès, issue d’un second mariage, un petit empire estimé à 750 millions de francs suisses, quasiment pas endetté et crédité d’un taux de rentabilité annuel de 9%.

Ernst Kaindl avait la culture du secret, pas de photos, pas d’interviews. Même les articles nécrologiques se gardent d’établir le lien pourtant patent avec la famille Kaindl, l’une des plus grosses fortunes actuelles d’Autriche. En fouillant un peu, on relève qu’un certain Ernst Kaindl et son frère Matthias ont installé en Autriche une première ligne de production de panneaux de particules en 1959. La prochaine étape, c’est l’installation d’une usine en Suisse par Ernst Kaindl, qui va prendre le nom de Kronospan (pour la Suisse). Depuis, la marque Kronospan désigne pourtant un compétiteur, leader européen de l’OSB installé initialement au Luxembourg. Que s’est-il passé ?

L’option de la brouille et des luttes intestines ne tient pas, dans la mesure où la famille Kaindl, incluant Inès Kaindl, a fait récemment l’acquisition d’une banque. Bien sûr, la famille se garde bien d’éveiller le moindre soupçon d’une quelconque entente entre Kaindl, Kronopan et Swiss Krono sur le marché européen des panneaux de process, et plus particulièrement sur celui de l’OSB. Les entreprises pilotées par des membres de la famille sont autonomes, en compétition sur le terrain et rattachées à des montages financiers off shore complexes qui ne permettent pas d’y lire une holding. Sans quoi la famille risquerait de faire face, sur certains segments, à des reproches d’abus de position dominante. Mais enfin, cela explique tout de même un peu pourquoi on en sait si peu sur le marché de l’OSB en France.

Un autre argument avancé pour voiler les chiffres, c’est l’unicité du site de Sully-sur-Loire, qui est le seul site OSB restant en France. La part de marché de Swiss Krono est annoncée à 52% et l’objectif de Vincent Adam, le nouveau PDG, est de grimper à 60% d’ici 2021. Dans les Echos, en avril 2016, la production de panneaux OSB de Sully était indiquée à 350 000 m3, elle a probablement remonté depuis. Si ce n’est que le marché du panneau OSB souffre, selon Egger, de surcapacités, à quoi s’ajoute en France un marché déprimé de la construction bois, la forte baisse du prix des panneaux OSB importés de Russie (taux de change) et, last but not least, l’effet de la dévaluation de la livre post-Brexit, qui facilite les exportations vers la France du numéro  mondial de l’OSB, Norbord, installé depuis très longtemps en Grande-Bretagne. 

On trouve un avis de la commission européenne autorisant la fusion des activités britanniques de Glunz AG et d’une filiale de Norbord Holdings, Noranda Forest Inc., mais il est difficile de la dater. Le communiqué concède qu’à l’époque, cette fusion crée une position dominante en Europe sur le segment de l’OSB, mais que c’est un marché secondaire et que d’ailleurs au moins un site de production concurrent est en cours d’installation en Europe. Tout cela est écrit dans un communiqué classé en 1995 mais qui semble se rapporter aux années 80. En tout état de cause, avec le recul, Norbord s’est cassé les dents en Europe sur la famille Kaindl. 

Voici quelques autres chiffres recueillis sur le net : en 1996, la production européenne de panneaux OSB était de 400 000 m3/an, elle est passé aujourd’hui à 6 millions de m3/an avec un taux de progression estimé à +5% par an. C’est Kronospan qui se taillerait la part du lion avec une production de 4,5 million de m3 dont 220 000 m3 sur le site historique luxembourgeois. Swiss Krono détiendrait pour sa part 15% de parts de marché en Europe, avec une production qui serait donc de l’ordre de 900 000 m3. Le reste reviendrait à Norbord, très présent au Royaume-Uni, et à l’Autrichien Egger, géant européen du panneau de process et sans doute principal adversaire de la famille Kaindl, mais peu investi sur le marché de l’OSB.

Tout cela ne nous donne pas la répartition des parts de marché en France. Les panneaux OSB de Sully sont principalement écoulés en France, mais pas que. Une partie est exportée notamment vers l’Europe du Nord. Par ailleurs, des importations de panneaux OSB Swiss Krono d’Europe de l’Est représentent une part de la consommation française dans un marché très tiré. Si le marché européen est crédité de 6 millions de m3, le marché français devrait rester inférieur au million de m3.

Une autre difficulté de l’évaluation du marché vient de l’offre en panneaux, segmentée selon 4 niveaux de qualité et de densité, et surtout en produit de différentes épaisseurs. A volume égal, par exemple, la surface couverte sera double pour un panneau de 9 mm par rapport à un panneau de sol de 18 mm.

Nombre réduit de grands acteurs industriels, tensions sur les prix, marché qui reste émergent : sans doute, le monde du bois ne disposera pas de sitôt d’une évaluation claire de ce segment, notamment en France. Par contre, les investissements en cours indiquent que tout le monde mise sur l’avenir (sauf Egger). Norbord investit en Grande-Bretagne, Swiss Krono a trouvé un moyen de baisser son coût de revient par l’incorporation de feuillus, tandis que Kronospan lance sur son site luxembourgeois un investissement pour la bagatelle de 135 millions d’euros.  L’hégémonie européenne de la famille Kaindl, sur le segment de l’OSB, est à relativiser non seulement par la compétition interne, mais surtout par la configuration mondiale, avec un marché qui reste centré sur l’Amérique du Nord, aux mains de poids lourds de taille mondiale comme le canadien Norbord ou Louisiana Pacific qui utilise volontiers l’OSB en support de bardage. Pour l’instant, chacun contrôle à sa façon son pré carré. Mais une chose est sûre : compte tenu de la part de marché de l’OSB dans les panneaux bois du Bâtiment, les grands acteurs industriels internationaux de l’OSB sont de fait le premier lobby du développement de la construction bois dans le monde.

 

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