L'ONF en baleine volante

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Fordaq JT
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Mardi 14 mars à Paris, la présentation du bilan de l'année 2016, qui complète la matinée des voeux sous l'angle financier, fait apparaître à quel point le bois français est en mal de débouchés. Imposer comme dans de nombreux autres pays du monde une transformation locale, mais avec une implication très mesurée dans le développement aval de la filière, risque de mener rapidement à une impasse. 

Sur le papier, l'ONF aligne une quatrième année bénéficiaire, avance vers le désendettement en conformité avec les attentes contractuelles et le bon sens qui incite à profier des taux encore bas. Pour autant, l'activité vente de bois enregistre un assez net recul, indépendamment du mouvement vers la contractualisation. 

Pour Christian Dubreuil, la situation n'est pas préoccupante. Pourtant, pour la seconde fois en dix ans, la filière s'est fixé des objectifs de mobilisation ambitieux, qui concernent aussi l'ONF. Mais que faire si personne ne veut du bois et que l'option export de grumes est bannie ?

Pour Christian Dubreuil, qui appelle de ses voeux un redémarrage de la construction se traduisant par un sursaut effectif et net de la demande, le meilleur apport de l'Office à une filière de transformation nationale, en construction et ailleurs, c'est la contractualisation. 

Fransylva s'inquiète de la filière aval et a lancé Forinvest. L'ONF s'en remet à France Bois Forêt. L'an passé, la cession d'un terrain immobilier près de Nancy, cumulé à la rétrocession par Bercy de taxes indûment perçues, à permis d'équilibrer les comptes. Chose rendue possible à la faveur de décrets qui en attendent d'autres, afin de permettre la cession de quelque 200 bâtiments. En matière immobilière, l'ONF est donc en position de cession, pas d'investissements, même si le nouvel atelier ONF de Xertigny, en hêtre, montre la voie d'une politique immobilière volontariste. 

Le projet de siège social en bois parisien, évoqué en janvier, n'a pas été mentionné, et reste en attente. Reste un peu en attente également, et au moins provisoirement, une manifestation de la volonté de l'ONF de pousser la filière française. Cela aurait été possible sur le plan de la communication au moment de la réorganisation territoriale, en prônant une démarche misant sur l'utilisation de ressources locales, et surtout en le faisant savoir, en montrant l'exemple. 

France Bois Forêt doit lancer une campagne de communication pour la promotion du bois à partir de septembre, apprend-on. 50% d'un budget annuel en passe de grimper de 7 à 8 millions d'euros pour la CVO (avec l'apport aquitain) y sera consacré. Mais l'analyse des marchés de l'ONF laisse perplexe, du moins à entendre leur présentations par les responsables de l'Office. 

Le marché de la pâte ne devrait pas se redresser, ni celui de la papeterie, du moins en France. Le bois énergie traverse une crise à cause des hivers doux et des prix énergétiques bas, et là aussi, l'actualité internationale ne laisse présager a priori rien de bon. Le meuble ne donne aucun signe de frémissement, après de longues années d'écroulement. Le bois matériau par contre se porte assez bien, de même que le merrain et le plot de chêne. Les sciages de résineux à destination du bois d'oeuvre ne profitent pas pour l'heure d'un effet sensible du redressement du marché. 

Ce n'est pas comme cela que les choses vont avancer. Il faudrait au moins que l'amont, comprenant les communes forestières, l'ONF, la forêt privée, engage une démarche commune de promotion et d'achat préférentiel de produits transformés à partir de bois local, qu'il s'agisse de meubles, de menuiserie, de bois d'oeuvre structurel, de parquet, et de politique énergétique. La charte forestière mise en place par Terre de hêtres est-elle transposable ? L'amont peut-il se permettre de ne pas peser sur l'aval ?

Pour l'heure, la part des invendus monte à 37% et quelque 2 millions de m3 transitent d'une année à l'autre en attente d'acheteurs. Cette filière française a cru bon de mettre un frein aux exportations de grumes, mais elle ne sait apparemment pas comment amorcer concrètement la pompe pour redynamiser les filières de transformation locales. Car les initiatives de Forinvest ne sauraient suffire, ni celles des deux Fonds Bois. 

Mais on entrevoit pourquoi cette politique de filière reste à mi-chemin. C'est l'histoire du déficit commercial. Car voilà qu'il remonte ! Une politique marquée en faveur du bois risque en l'état de creuser encore le déficit ! Ce qui, soit dit en passant, pourrait advenir également si la campagne de FBF faisait mouche. 

Ce qui semble faire aujourd'hui défaut, c'est une approche européenne de ces questions. Quelle gestion de la forêt pour les villes durables de demain ? Que l'ONF vise une gestion correcte et s'adapte aux exigences, c'est bien. Que l'ONF soit partie prenante d'un programme d'action national qui, outre un catalogue de bonnes intentions sans objectifs chiffrés, vise surtout à accroître la mobilisation, pourquoi pas ? Mais pour que les forêts de demain fonctionne en binôme avec les villes de demain, il va falloir aller plus loin. 

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