Labels E+C- : le bois sur les rangs

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Fordaq JT
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Le bailleur Angers Loire Habitat, déjà en pointe avec la réalisation du premier immeuble des logements collectifs Effinergie-Bepos, en conception-réalisation avec l'entreprise Rousseau, permet à l'ossature bois de bien marquer sa présence dans le cadre de l'expérimentation du futur label énergétique et environnemental. Mais cette démarche masque mal à quel point la filière bois est peu préparée à la prochaine étape de la réglementation. 

Rappelons que cette labellisation expérimentale a été mise en place par la volonté d'Emmanuelle Cosse, ministre du logement, en parvenant à faire converger trois organisme de labellisation que son HQE, Effinergie et le troisième nouveau venu, BBCA. BBCA qui se défend d'être le label du bois, mais qui a lancé un pavé dans la mare en mettant en avant le bilan carbone des bâtiments. De sorte que le carbone a été propulsé valeur adjointe de l'énergie positive, et que se profile une approche française des engagements européens du Plan Climat européen. 

Il était il est vrai devenu lassant de se plaindre de ce que les engagements du Grenelle et ceux de la France vis-à-vis du Plan Climat soient si peu suivis d'effet. D'autant que malgré la faible performance française, l'Europe pourrait bien finir par remplir son pari en 2020. Chez nous, le passage à l'énergie positive sans l'étape passive était à haut risque, et le reste. Mais le paramètre carbone, non pris en compte comme tel dans le Plan Climat, même s'il répond à l'esprit de ce Plan, remet un peu en question les passoires équipées de panneaux photovoltaïques. Tout dépend où l'Etat va placer le curseur en 2018 sur la base de ces expérimentations. D'un autre côté, les objectifs ambitieux qui sont affichés à l'horizon de 2026 devraient contraindre le Bâtiment à changer ses pratiques.

Il faudrait cependant que des opérations en bois participent à l'élaboration du label ! Dans le cas de Angers Loire Habitat, la participation a été décidée fortuitement, en février dernier. Ce qui n'est pas fortuit, c'est que l'on se trouve en présence de l'un des rares bailleurs sociaux qui travaillent depuis des années la question du bois dans le logement social, à l'écart des effets d'annonce. Pour un peu, les premiers labels E+C- auraient été décernés presque exclusivement à des opérations en maçonnerie avec isolation par l'intérieur. Angers Loire Habitat sauve la mise avec un projet qui, s'il se concrétise de la façon prévue, va faire date à plus d'un titre. La performance E3C1 est obtenue non pas par une barre, mais avec 36 logements répartis en trois plots à ossature bois, ce qui est moins avantageux sur le plan du calcul des déperditions, mais plus intéressant sur le plan social. Cette approche est le fruit d'une démarche PCI engagée sous l'égide du bureau d'études Wigwam. Jusqu'à la fin de l'année, l'idée dérivée était de bâtir l'un des plots en performance passive, de façon à pouvoir effectuer des mesures comparatives. 

L'opération labellisée se distingue non seulement par sa disposition, mais par un coût de construction bas, de l'ordre de 1400 euros/m2, et une formule constructive sans double flux, avec une chaudière à gaz, des double vitrages, et un travail de conception qui profite, y compris pour la préfabrication par Rousseau de nouveau, des enseignements tirés de l'opération Effinergie Bepos, notamment sur le plan acoustique. C'est un peu l'écurie de course d'Atlanbois, lancée il y a quelques années de façon volontariste dans le cadre du salon Maison Bois avec à l'époque une approche modulaire. Un grand moment, quand une partie du hall avait accueilli un R+1 en bois, afin de signifier la nécessité d'orienter la construction bois vers ce marché. Angers Loire Habitat, agence Goa, Wigwam : heureusement qu'ils ont démarré tôt et qu'ils sont là maintenant. 

Jean-Michel Morisseau d'Angers Loire Habitat a eu une idée supplémentaire : la performance obtenue étant de E3C1, il a demandé de calculer ce qui devrait arriver pour obtenir E4C2. Il apparaît une chose très importante pour la suite : si on augmente le E par le recours à des panneaux photovoltaïque, on plombe le C ! Mais Angers Loire Habitat ne voulait pas de chaufferie bois à cause de rendements plus faibles qu'annoncés et de problème d'encrassement et de maintenance. Et il n'y a pas non plus la possibilité de recourir au chauffage urbain. 

Une première lecture des opérations labellisées mène à bien distinguer l'apport décisif du branchement sur le chauffage urbain, ou le recours à une chaufferie bois, quand le C est musclé (niveau C2). Ce qui revient à dire que l'on a beau construire avec du bois, cela ne suffira pas. Une barre en béton avec isolation par l'intérieur mais raccordement au chauffage urbain s'avère plus performante en termes de labellisation. Tout le bois du monde ne compensera pas la pénalisation engendrée par le recours au panneaux photovoltaïques. 

En d'autres termes : à quoi bon construire en bois ? Il y a aura un surcoût, et des conséquences annexes comme l'épaisseur de la dalle de plancher, de l'ordre de 50 cm pour le projet en question. Parvenir à construire ainsi va demander ce niveau d'expertise acquis par le biais d'Atlanbois au fil de longues années. Bref, il ne faut pas se leurrer, en l'état, la prise en compte du carbone dans la future réglementation ne va pas changer la donne, la construction bois, notamment en logement social, restera une affaire de spécialistes et le fruit d'une volonté politique. Il n'empêche que l'on aurait besoin de bien plus d'exemples de projets en bois pour se faire une religion en la matière. 

Tout dépend maintenant où le ministère du logement futur va placer le curseur. E1C1, c'est apparemment plus ou moins le niveau RT2012. Il faudra aussi attendre que ces opérations se réalisent, et dans le cas des logements conçus par Eric Baeza chef de projet de Go-architectes, mandataire de l'équipe de maîtrise d'oeuvre, la livraison n'est prévue que pour octobre 2018.

Le surcoût des opérations de calcul pour participer à cette démarche de labellisation expérimentale est modeste, quelques milliers d'euros. Ce n'est pas tant cela qui freine la filière bois mais sans doute bien le manque d'opération, notamment en logement social. Le Forum Bois Construction, à Nancy les 6 et 7 avril prochain, sera l'occasion de mettre l'accent sur la nécessité de participer activement à cette démarche de labellisation. L'atelier scientifique C1 du jeudi matin, animée par l'architecte Stéphane Cochet, est exactement dédiée à ce sujet, de même que l'atelier A3 du vendredi matin, animé par Dominique Gauzin-Muller, s'interroge dans le cadre d'une table ronde finale sur les moyens de relancer la construction bois dans le secteur du logement social. Malheureusement, le ministère du logement sera absent de la manifestation, soumis qu'il est au devoir de réserve. Le message sera sans doute passé tout de même en plénière d'ouverture du jeudi matin par la déléguée ministérielle Sylvie Alexandre, d'autant que le Forum s'efforce plus que jamais cette année de réunir également les maîtres d'ouvrage.

En tout état de cause, la filière construction bois devrait s'interroger à Nancy sur ce gros point faible que constitue son incapacité à mobiliser. Et ce malgré le réseau de prescripteurs bois de FBR.  

lire le communiqué du ministère du logement 

Présentation par le ministère du logement des sites labellisés

 

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brard
brard
très bon article qui explique et resume bien la situation. Il faut ce niveau de décryptage pour comprendre les détails du Labels E+C-. ce label est experimentale mais reste une formidable marche en avant. pour info Effinergie lance ses nouveau BBC & BEPOS dans lequel ils reprennent les critères du Labels E+C- mais rajoutent quelques notion supplémentaires qui à vont dans le sens du bois (meilleur etancheité, BBIO plus performant ) j'étais mercredi dernier a coté de Angers Loire Habitat pour la maison que nous avons fait labelisé à Ermont, et nous avons un projet d'une vingtaine de maisons en ossature bois sur lequel nous devrions être E4/C2, ce qui semble extrêmement compliqué selon mon thermicien. nous y arrivons grace a une chaudière collective granulé bois qui nous permet notamment de réduire le nombre de panneaux solaires pour ne pas plomber le bilan carbone, mais c'est pas simple du tout ;-)