Ma forêt.fr, la bonne idée de la rentrée

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Fordaq JT
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Lancé par l’Aquitain Olivier Forsans avec l’appui de Pierre Aussedat, spécialiste des transactions forestières, le site maforet.fr est en ligne. L’intitulé très généraliste a de quoi faire grincer comme celui du Syndicat de la Filière Bois. Mais bon, c’est bien de propriété forestière qu’il est question, cela aurait pu être mapetiteforet.fr aussi.

Faciliter avec les moyens digitaux du jour la recomposition de la propriété forestière privée, c’est une idée logique et le point de départ de toute politique visant à recréer une filière complète bois-forêt en France. Il y a quelques années, lors d’une conférence de presse tenue début novembre 2011, Fransylva avait évoqué une étude de cadastre indiquant à quel point ce document de base est devenu obsolète. Spécialiste des transactions forestières, Pierre Aussedat confirme. Au fil des successions, les parcelles ont souvent atteint des dimensions infra-économiques. Parfois, il n’y a même plus de nom inscrit sur la parcelle. Un réservoir de biodiversité sauvage ? Pas forcément, car il arrive que ces parcelles en déshérence soient tout simplement exploitées par le voisin. Quant à la SAFER, qui se mobilise sur le sujet depuis quelques années, elle a bien expliqué lors du premier salon Forestinnov comment elle tentait de grouper les transactions pour stimuler des notaires qui, contraints en principe de limiter leurs honoraires à 90 euros pour une transaction de 900 alors que le travail généré vaut bien celui d’une maison de 300 000 euros, vont avoir tendance à imposer des délais pluriannuels. Et en écoutant la SAFER, on pensait au tonneau des Danaïdes, car rien ne permet de croire que le fruit de ces efforts de remembrement ne sera pas demain annulé par une nouvelle opération de succession.

Comment bâtir une économie du bois dans un tel contexte ? Comment parler de plans, de gouvernance, de programmes ? Pourtant, le fait est que si un certains nombres d’experts sont bien au fait de ce contexte fou, les moyens financiers disponibles n’ont pas été mis en œuvre pour épurer le cadastre en priorité, tandis que les moyens législatifs restent bien timides quand il s’agit de recomposer le paysage forestier pour disposer de parcelles permettant une réelle gestion. Certes, il y a les coopératives, mais même pour elles, l’atomisation va trop loin et elles se rabattent si possible, dans les faits, sur des propriétés d’une certaine taille.

Prenant acte pour ainsi dire de la paresse législative et des désordres du cadastre, Olivier Forsans a pensé bon de créer une plateforme centrée sur la vente/achat de forêts, ce qui amène logiquement à adjoindre la fonction de l’audit et, peut-être moins logiquement, celle de la gestion qui empiète alors nettement sur les plates-bandes des coopératives, experts forestiers et autres gestionnaires.

Le concept d’Olivier Forsans est astucieux, car grâce à la géolocalisation, un expert va pouvoir identifier précisément sur place les contours disons d’une parcelle de 300 m2 et procéder à une estimation. L’idée étant que le site disposera d’un vaste réseau de relais locaux susceptibles de faire ce travail. Seconde idée : faciliter les formalités administratives ! Un notaire se fait tirer l’oreille parce que son labeur est mal rétribué, mais si on lui facilite le travail, comme le fait aussi la SAFER, ça aide. Par ailleurs, Maforêt table sur les nouveaux notaires qui peuvent s’établir suit à la loi Macron et qui cherchent de l’activité, d’autant qu’il est toujours possible de rééquilibrer une petite transaction par d’autres plus importantes.

Bref, Maforêt est sur le bon chemin pour lever un certain nombre d’écueils. Reste l’accès fondamental au nominatif du cadastre, accès dont dispose la SAFER, les notaires, mais qui coûte 300 000 euros par an.  

Car on se prend à rêver d’une interface qui permette de zoomer comme sur Google Maps jusqu’à la taille de parcelles, avec les noms des propriétaires, leurs coordonnées …

L’initiative d’Olivier Forsans se place sur un marché de 2 millions de propriétaires. La SAFER est débordée, et ce ne sont pas les quelques acteurs spécialisés comme l’agence FNAIM Forêt-investissement en Auvergne ou Forêt-transactions dans la Nièvre qui vont éponger l’offre et la demande potentielle, même si le marché français des forêts est comme on le sait poussif, et que les beaux jours des investissements forestiers induits par la dernière crise financière sont passés.

Par contre, Maforet se lance en compétition avec le site auvergnat nationalisé La Forêt Bouge, piloté par le CNPF via quelques régions pionnières, et qui devrait être mis en ligne à la fin de l’année. 

 

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