Nouveau label "Produit biosourcé"

Source:
Fordaq JT
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A ne pas confondre : le label biosourcé, porté désormais par Certivéa, qui se rapporte à des ouvrages complets, et le nouveau label « Produit Biosourcé » créé par la scop Karibati et qui sera audité par Alpes Contrôle. Pour l’heure, il n’existe pas de passerelle entre les deux labels. Pourtant, il eût été logique de commencer par labelliser les produits avant de labelliser les ouvrages. 

Le bois a-t-il besoin d'un label authentifiant qu'il s'agit d'un matériau biosourcé ? La paille ?  La fibre de bois ? Certes non. Par contre, avec le nouveau label, et selon le référentiel, des "voiles en béton (éléments architecturaux)" pourront en disposer dès lors que la part massique minimale de matière première issue de la biomasse animale ou végétale est de 7%. 5% pour "l'isolation répartie non porteuse". A l'autre extrémité, 90% pour la catégorie "Peintures, lasures et vernis, enduits de peintures". Qui a fixé ces valeurs-limites ? Karibati. Mais il existe aussi un "comité du label", où siègent à la fois des organisations professionnelles et des groupes de premier plan. Donc, Ecima qui fédère les producteurs de ouate, AICB nouvel avatar de l'ASIV pour les Industriels de la Construction Biosourcée, le Collectif des Filières du Bâtiment Biosourcé (CF2B), AdivBois ; mais aussi Bouygues Immobilier, Eiffage, Icade, Vinci Construction. Gageons qu'ils ont eu leur mot à dire et d'ailleurs, certaines catégories de produits de construction comme par exemple les revêtements de sols souple ou les plafonds ne sont pas encore renseignés. 

Quand on se rappelle les difficultés rencontrées pour mettre en place le label biosourcé valant pour les ouvrages (et le peu de succès rencontré jusqu'à aujourd'hui), alors qu'il était porté à bout de bras par la DHUP (Ministère de l'environnement), on est tenté de dire que rien que la présentation du dispositif de ce nouveau label est un grand succès pour la scop Karibati. Même si pour l'heure aucun label n'a été attribué. A travers AdivBois, c'est la filière bois qui est enfin ferrée à peu de frais et en dépassant les fortes réticences des organisations professionnelles en place. Enfin, la mobilisation des majors peut aussi agir comme une sensibilisation. Le risque (ou le prix à payer) étant que la notion de produit biosourcé se trouve galvaudée. Mais il ne faut pas non plus se montrer trop dogmatique : une maison en bois n'est jamais uniquement en bois. Elle ne comporte au mieux qu'une part de matériau biosourcé. Et puis, de toute façon, l'heure est à la labellisation expérimentale E+C- et si on parle beaucoup de stockage de carbone, la dimension biosourcée en tant que telle ne fait pas partie du référentiel. Or, il apparaît de plus en plus clairement que la filière bois s'en sort mal en termes de valorisation carbone, face aux matériaux concurrents. D'autant que le match se joue notamment à l'international et que tous les coups sont permis, et que le bois fait face à de sacrés joueurs de poker. Dans ce contexte, il n'est peut-être pas inintéressant d'abattre l'atout biosourcé, le bois étant le seul matériau structurel biosourcé, ou presque. Le label BBCA s'appuie sur le label biosourcé, mais pas pour l'heure sur le label Produit biosourcé. 

Alors que la FNB peine à mettre en place son dispositif Made in France, voilà que sur le papier, le bois français peut dès à présent se payer un label Produit Biosourcé avec en plus l'option bleu-blanc-rouge "Filière française". Comme le précise l'annexe du référentiel, cela nécessite de répondre aux 2 conditions suivantes : - Au moins 90% des matières premières biosourcées utilisées dans le produit doivent être d’origine française, c’est-à-dire produites et transformées en France - Le produit doit être fabriqué dans une usine installée sur le territoire français. Car pour les consommateurs urbains d'aujourd'hui, il est toujours bon de rappeler que le bois, c'est bio, ça ne fait pas de mal. 

Pour l'heure, bien malin qui dira vers quoi tout cela va déboucher. On sait combien la mise en place de labels est longue et coûteuse, mais qui sait, peut-être que ce label arrive au bon moment, avec Nicolas Hulot à l'environnement ? Tout cela peut aussi déboucher sur du greenwashing, rester inaccessible aux véritables acteurs locaux de ce marché pour des raisons de coûts cumulés, créer des effets de seuil avec des incorporations variables de biomasse dans des produits hybrides. Mais si on veut être optimiste, on eut aussi accorder une chance à une scop qui n'a qu'à tenté sa chance sur ce terrain un peu trop fermé des organismes certificateurs. On l'a déjà vu, la chance sourit aux audacieux... Et dans ce cas, la filière bois à intérêt à ne pas perdre ce chantier de vue. Donc, affaire à suivre...

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