Batimat au fil du bois

Source:
Fordaq JT
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Avec de bonnes semelles, le mondial du Bâtiment a de quoi satisfaire les curieux de la filière bois. A défaut de donner une vision adéquate du marché français, il met en perspective comme nulle part ailleurs les marchés internationaux. Et comme le marché s'internationalise, c'est une source précieuse de renseignements.

 

Egger fait partie de ces incroyables Autrichiens qui ont réussi à dominer les Allemands et partent à la conquête du monde. Mais à Batimat, le stand Egger est assez sobre, centré sur la présentation de la gamme 2018 de stratifiés. Les motifs sont très fortement inspirés par l'aspect du bois, l'impression numérique est mise au service de l'imitation, fini la période créative pure. En-dessous du motif "parquet", trois variantes technologiques, une sorte de sol souple à base de bois, le stratifié de toujours et cette variante qui enrobe l'âme de deux couches de liège, tant pour des raisons acoustiques que pour le bien-être haptique. Le recours au liège ne date pas d'hier mais il a fallu trouver le bon compromis entre l'atténuation du bruit de choc des talons aiguilles et la résistance du revêtement au poinçonnage par ces mêmes talons, en somme. Egger n'est pas présent en France avec ses solutions constructives, ni les panneaux OSB. Côté panneaux de particules, il n'y a même plus en face, sur Batimat, un Tafisa pour pousser Egger à montrer ses déclinaisons. Aux USA, Egger va s'implanter justement en commençant par les panneaux de particules. Il faut dire que sur le segment du stratifié, il y a en face le groupe Mohawk. Egger reprend également une usine en Argentine, toujours avec cette philosophie de produits industriels élaborés mais à partir du bois. 

Le prix public du stratifié enrobé de liège de Egger est situé autour de 40 euros le m2. Quand on interroge un peu plus loin l'un des rares exposants du parquet français, fidèle depuis 15 ans à Batimat, Parqueterie du Beau Soleil, on trouve le même ordre de prix en basique pour du massif chêne. Les traitements ultérieurs font monter le prix, de même que le prix final monte par traitement sur site, alors que le stratifié d'Egger est réputé très facile à poser. On a quand même l'impression qu'il y a de la place pour les deux familles de produits. Biofib a osé Chanvre addict mais les parqueteurs français auraient pu lancer Le chêne, c'est chic. Vu la façon dont les prix montent, et les pays qui ferment leurs frontières aux exportations de grumes (Crotie, Ukraine etc.), un investisseur avisé devrait aujourd'hui miser sur le chêne massif comme produit de haut standing. En d'autres termes, en France, on peut aujourd'hui encore se payer un parquet massif en chêne. Pour autant, le marketing n'est pas encore sur cette longueur d'onde, l'offre reste largement centrée sur des effets corrigés et sans doute, l'effet chêne brut n'est pas encore revenu à la mode. On est également frappé par l'absence de communication bas carbone. La parqetterie du Beau Soleil, c'est la scierie Petitrenaud, donc un merrandier qui fabrique aussi du parquet. C'est vrai que le parquet français s'est plaint depuis de années de voir partir les grumes de chêne en Chine, mais devant une telle incapacité à capitaliser sur le bilan carbone, on reste perplexe. Sans doute parce que Petitrenaud est le Monsieur Jourdain du carbone, il en fait depuis si longtemps sans le savoir. 

Pareil pour Panaget. Le stand est habillé de lambris mais ce n'est pas l'axe stratégique, simplement une option pour le reste assez joliment mise en valeur. Panaget est ancré dans le terroir mais remarque que les petites scieries locales ferment et que l'exploitation des petits volumes devient difficile et augmente la pénurie latente de chêne. Autrefois, il y avait les têtards du bocage, les petites parcelles, du diffus mais qui venait alimenter la production. Panaget semble pourtant avoir su s'adapter à l'évolution. De toute façon, l'industriel ne transforme pas de grumes mais seulement des avivés, ce qui laisse une marge pour les fournitures, même si Panaget souligne que les approvisionnents sont à 90%, voire plus, français. Ce qui n'est d'ailleurs pas si spectaculaire sur un marché international du chêne de plus en plus fermé, et dans un pays qui dispose d'une abondante ressource. 

Sur le Batimat virtuel, on lirait : la France, pays du chêne, avec un stand commun montrant les déclinaisons, le parquet, mais aussi les solives et poutres de Raison, les fenêtres. 

 

Cette édition de Batimat est très peu polémique. Fini l'opposition bois-parpaing, isolation mince-isolation minérale. Icynene, le grand compétiteur de Saint Gobain, poursuit sa strétégie dans son coin, quitte à faire un détour par le marché de la projection PU. Les stands groupés sont des stands nationaux dans la plupart des cas. Pourtant, il existe des sujets clivants, comme l'après-Grenfell pour ce qui concerne les tours. La gestion des ressources. La capacité de recyclage. Il faut aller sur un stand turc pour entendre parler de fenêtres bois-alu avec de l'aluminium recyclé. L'argument BIOM du bénéfice économique et sociétal de certaintes solutions, notamment à base de bois, reste quasiment invisible. La gestion de l'énergie des machines, idem, alors que, par exemple, l'analyse de cycle de vie de la filière corse du bois insiste sur l'impact du mode d'énergie utilisé par les transformateurs.

 

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