Flambée dans le sapin du Caucase
Le mois passé l’a encore confirmé dans toute l’Europe : parmi les résineux, le sapin du Caucase est une essence qui semble à l’abri de la crise. L’exploitation des arbres est possible après seulement 12 à 15 ans de croissance, en court-circuitant les scieurs que la crise du Bâtiment rend trop maussades. D’ailleurs, même les Chinois ne parviennent pas à rivaliser avec des coûts de transformation manufacturière quasiment nuls, puisque les producteurs de sapins de Noël proposent d’emblée un produit fini.A la différence de l’Allemagne, les chiffres français officiels relatifs à la saison de Noël 2008 ne seront disponibles qu’en avril. Pour autant, Frédéric Naudet, le président de l’Association française des sapins de Noël naturels (AFSNN), estime que le cru de cette année s’inscrit dans la tendance de 2007, à la fois en termes de volumes, de valeur, et de typologie. Soit quelque 4,8 millions de sapins naturels vendus à un prix de vente moyen d’un peu plus de 15 euros, permettant aux 70 producteurs français de générer un chiffre d’affaires de quelque 100 millions d’euros, et d’assurer 1000 emplois fixes plus 5000 emplois saisonniers. A titre de comparaison, 28,5 millions de sapins de noël viennent d’être vendus en Allemagne à un prix moyen de 23 euros. Outre-Rhin, les consommateurs auraient pris goût à l’achat d’un second sapin pour le balcon. La progression du nombre des personnes vivant seules et le développement de la gastronomie d’hiver en terrasse expliquent que les ventes ont encore progressé cette année de 200 000 unités, pour un chiffre d’affaires de 670 millions d’euros qui reste stable à un niveau inégalé.
Pas d’effet crise, donc, et le sapin Nordmann, quoique plus cher que l’épicéa, semble continuer sa conquête de parts de marché. Au tournant du siècle, cette spécialité danoise avait pourtant subi le contrecoup d’une surproduction. Depuis, la production a été ramenée de 13 à 9 millions d’unités, tandis que les ménages européens tendent à privilégier une essence qui garde ses aiguilles plus longtemps. En France, près de deux sapins de Noël sur trois sont aujourd’hui des Nordmann, la proportion s’étant inversée depuis l’an 2000 au détriment de l’épicéa. La progression semble même freinée par une pénurie de Nordmann. Les Belges, les Français et les Allemands ont certes tendance à replanter dans cette essence en vogue, mais les jeunes pousses ne sont pas encore arrivées à maturité.
Malgré l’inconvénient du transport sur de longues distances dans des camions frigorifiés, le Nordmann danois risque de conserver une longueur d’avance. Il dispose d’un laboratoire central dédié et applique une législation nationale très stricte en matière de recours aux pesticides, aux engrais et aux régulateurs de croissance. En France, la vente de sapins de Noël « verts » n’est sans doute pas pour demain. En tout cas, on cherchera en vain des sapins estampillés FSC ou PEFC, pour la bonne raison que depuis 2003, la culture de ce type d’arbres est assimilée à l’agriculture et non plus à l’exploitation forestière.